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Interview du secrétaire d’État Rex Tillerson par John Dickerson dans l’émission Face the Nation sur la chaîne CBS

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Département d’État des États-Unis
Bureau du porte-parole

Le 15 octobre 2017

 

 

QUESTION : Bonjour et bienvenue dans Face the Nation. Ici, John Dickerson. La menace du président Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, un accord international conclu il y a deux ans avec l’Iran et cinq autres pays, à moins que l’Iran ne remplisse certaines conditions, a provoqué des remous partout dans le monde.

Nous donnerons la parole aux deux côtés, mais nous commençons avec le secrétaire d’État Rex Tillerson. Monsieur le secrétaire, bienvenue.

Commençons par l’interview du ministre des Affaires étrangères Zarif par notre collaboratrice Elizabeth Palmer.

Il dit que vous n’aviez pas averti les Iraniens. Pourquoi cela?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, nous avons eu un échange en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, et je pense qu’il devait bien se douter de la direction que prendrait la décision du président aujourd’hui. Mais nous avons parlé avec tous les autres signataires du plan d’action global commun (l’accord sur le nucléaire iranien), pour veiller à ce qu’ils comprennent exactement la décision prise par le président Trump.

QUESTION : Mais si vous essayez d’amener l’Iran à changer et à accepter de nouvelles conditions, ou peut-être n’est-ce pas le cas, pourquoi ne pas lui en parler ? Pourquoi pas – vous savez comment ces négociations fonctionnent. Il est préférable de parler à l’autre partie.

SECRÉTAIRE TILLERSON : Je pense qu’à un certain moment il nous faudra dialoguer avec l’Iran. Nous voulons toutefois nous assurer que nos amis et alliés, et les autres parties impliquées dans l’accord sur le nucléaire, comprennent bien la politique du président Trump, qui va bien au-delà de l’accord sur le nucléaire, John. Cette politique envers l’Iran comporte trois volets importants et le président en a présenté les grandes lignes dans son discours.

Et je pense que ce qui est le plus regrettable en ce qui concerne nos relations avec l’Iran au cours de ces dernières années, c’est qu’elles ont été presque exclusivement définies par cet accord sur le nucléaire, sans prendre en compte toutes les autres questions auxquelles nous devons faire face avec l’Iran.

Donc, cette conversation doit porter en partie sur l’accord sur le nucléaire, mais aussi sur ces questions plus larges qui nous préoccupent.

QUESTION : Les alliés européens, les autres signataires de cet accord, disent qu’effectivement, ils sont d’accord avec vous sur toutes ces autres questions, mais qu’il faut les traiter en deux étapes. Comme on le faisait auparavant avec les Soviétiques : on négocie sur le nucléaire, on obtient des concessions dans ce domaine, et ensuite on travaille sur les autres aspects. Le Sénat a adopté des sanctions à l’encontre de l’Iran au cours de l’été. Donc, on se  tourne vers cet autre axe de travail, mais on ne compromet pas ce que l’on a obtenu dans le cadre de cet accord. Pourquoi ont-ils tort ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, ils n’ont pas tort.

Et en fait, c’est exactement ce qui ressort de la décision du président, je pense, c’est-à-dire que le président a dit : « nous n’allons pas certifier la bonne application dans le cadre de la Iranian Review Act » – il s’agit d’une loi nationale. Il ne s’agit pas d’un refus de certification en vertu de l’accord sur le nucléaire qui fait intervenir les autres parties.

Mais, à mon avis, il signale à l’Iran et à nos autres partenaires que cet accord comporte de nombreux défauts. Tout le monde reconnaît qu’il y a de sérieuses lacunes. Il aimerait donc que le Congrès nous donne son point de vue sur cette question, de sorte que nous ayons une voix forte, une voix unifiée et forte représentant une fois pour toutes la position des États-Unis, ce qui nous permettrait alors de dialoguer avec nos amis, nos alliés et les autres signataires sur les moyens de remédier aux lacunes et défauts de cet accord.

QUESTION : Si le Congrès n’agit pas, s’il n’obtient pas les 60 votes, que se passe-t-il ? Est-ce que le président – est-ce que cela veut dire qu’il n’y a plus d’accord ? Est-ce que c’est ce que le président disait ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, le Congrès a maintenant trois options.

Il peut ne rien faire, auquel cas c’est le statu quo et il appartiendra au président de décider comment il veut l’inciter à remédier aux lacunes à ce niveau. Et comme nous en avons discuté dans le cadre du plan d’action global commun, en vertu de l’accord sur le nucléaire, il se peut que nous ne soyons pas en mesure de rouvrir les négociations sur cet accord et que tout le monde ne soit pas disposé à y participer, mais cela ne signifie pas que nous ne puissions pas entreprendre de négociations pour résoudre les questions qui nous préoccupent, c’est-à-dire leur programme de missiles balistiques, les clauses de caducité, les dispositions relatives à l’extinction, et peut-être mettre en place un deuxième accord parallèlement à celui-ci.

QUESTION : Donc, vous conserveriez l’original – je pense que ce à quoi je veux en venir ici, c’est qu’à la fin de son allocution, le président a dit qu’un couperet allait tomber en l’absence d’action de la part du Congrès, et ce serait la fin de ce premier accord. Les États-Unis n’en feront plus partie. Est-ce un malentendu ou est-ce bien le message ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Non, je pense que le président est très clair non seulement lorsqu’il s’adresse au Congrès, mais il est également très clair dans sa communication à l’intention de l’Iran et des autres signataires de l’accord en ce qui concerne le fait que si nous ne constatons pas d’évolution, si nous ne voyons pas d’indications encourageantes selon lesquelles nous allons commencer à remédier à ces questions, il n’y a aucune raison de rester dans cet accord et il a tout-à-fait l’intention de l’abandonner.

QUESTION : Quel message cela transmet-il aux Coréens du Nord ? Vous êtes en train d’essayer de les convaincre de s’asseoir à la table des négociations. Ils observent cette situation, ils ont observé l’exemple de la Lybie qui a renoncé à ses armes nucléaires, et puis Kadhafi a été renversé. Pourquoi ne se diraient-ils pas : « je ne vais pas conclure un accord avec quelqu’un qui change d’avis » ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, je pense que ce serait assez fort de la part des Nord-Coréens d’adopter cette position.

En fait, nous avons conclu un accord similaire avec les Nord-Coréens dans les années 1990, presque exactement comme cet accord iranien, et vous pouvez voir à quoi cela nous a conduit, où nous nous trouvons aujourd’hui. Je pense que le message aux Nord-Coréens est que nous avons une politique à l’égard du programme nucléaire de la Corée du Nord. C’est la même que celle des Chinois, des Russes, la même que celle des acteurs régionaux. Il y aura une péninsule coréenne dénucléarisée.

Et donc tout accord avec les Nord-Coréens sera un accord très différent de celui que nous avons conclu avec l’Iran.

QUESTION : Même s’ils soutiennent que le Congrès a sapé l’accord dans les années 90.

Mais je voudrais vous parler de la Corée du Nord. Ils n’ont pas testé un missile le 10 octobre. Certaines personnes pensaient qu’ils allaient le faire. Est-ce un signal important ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : On verra. On va attendre et voir ce qui se passe, John.

Je pense que c’était un anniversaire important pour eux. Nous savons qu’un Congrès du parti chinois commence cette semaine. Il y a un certain nombre d’événements avec – dans le passé, ils ont commis un acte de provocation quelconque.

Donc, nous allons donc voir, nous allons attendre, on verra. Nous écoutons aussi leurs déclarations publiques.

QUESTION : J’aimerais vous poser une question sur votre relation avec le président. On en parle beaucoup.

Le sénateur Bob Corker, président de la commission des relations étrangères du Sénat, avec qui vous travaillez sur l’accord sur le nucléaire iranien – qui n’a pas la réputation de quelqu’un qui dit tout ce qui lui passe par la tête – a dit deux choses.

La semaine dernière, il a dit que vous ne disposiez pas de l’appui dont il espérait qu’un secrétaire d’État bénéficierait, et cette semaine, il a encore précisé ce point en disant que vous étiez publiquement castré par le président.

Que se passe-t-il ici ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, je pense que la façon dont le président opère s’agissant de la manière dont il agit dans le cadre de ses décisions de politique étrangère, mais aussi de ses décisions de politique intérieure, je pense que parfois les gens ont un – il peut être difficile de comprendre tout cela de manière globale.

Ce que je dirais, c’est qu’en ce qui concerne la politique nord-coréenne ou la politique iranienne, ou la récente politique en Asie du Sud, les objectifs du département d’État, des autres départements et du président, sont parfaitement en accord.

Le président est une personne très peu conventionnelle, comme nous le savons tous, quant à la manière dont il communique, il aime susciter des événements qui ensuite obligent à l’action. Et donc le président prend souvent des mesures pour contraindre à l’action quand il sent que les choses ne bougent pas.

QUESTION : Mais je suppose que ce que dit le sénateur Corker, c’est que ces événements qui contraignent à l’action interviennent à vos dépens lorsque vous tentez de négocier avec d’autres pays et que votre travail est compromis.

Est-ce que Corker est totalement à côté de la plaque ici ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Ce que je dirais, en ce qui concerne l’exemple que vous avez donné avec les Chinois, c’est que nous disposons de très bonnes voies de communication ouvertes avec les Chinois.

Le président Trump entretient d’excellentes relations avec le président Xi. J’ai une excellente relation avec le conseiller d’Etat. Il n’y a aucune ambiguïté concernant ce que nous essayons de faire avec la Corée du Nord et la façon dont nous travaillons avec la Chine pour obtenir les résultats que nous souhaitons tous.

Il n’y a donc pas de confusion parmi les gens qui comptent.

QUESTION : Donc Corker ne comprend pas bien comment cela fonctionne ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, je sais que les apparences  peuvent donner l’impression d’une certaine désunion parfois.

La coordination de ces efforts exige beaucoup de travail de notre part afin que nous puissions clairement progresser dans la direction de l’objectif, qui est une Corée du Nord dénucléarisée.

QUESTION : Permettez-moi de vous poser des questions sur l’autre côté des choses, à savoir si les gens à l’extérieur doivent savoir que vous parlez au nom du président. Il y a aussi des gens qui s’inquiètent de tout ce qui se passe dans le monde et qui veulent que le président Trump obtienne des conseils clairs de la part de ses conseillers. Ils ne veulent pas que l’on se batte sur le banc de touche.

Pouvez-vous dire au président ce qui vous préoccupe et faire en sorte que le président vous écoute et peut-être le faire changer d’avis ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Un des aspects de cette relation que j’apprécie le plus, c’est que le président veut savoir ce que je pense.

Et donc je lui présente toujours mon point de vue, et parfois il est différent de celui des autres. Le président écoute tout cela. Il absorbe toutes ces informations. Parfois, il faut de nombreuses conversations pour qu’il aboutisse à une décision – ce qui, je pense, est une façon très normale de procéder sur des questions aussi importantes que celles-ci.

Mais j’ai toute liberté d’exprimer mon point de vue au président, et il l’écoute, et aucun —

QUESTION : Et il change d’avis ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Nous ne sommes pas d’accord sur tout.

QUESTION : Oui ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Oui, il change parfois d’avis.

Et quelle que soit sa décision, il est le président des États-Unis. Je travaillerai autant que possible pour  mettre ses décisions en œuvre avec succès.

QUESTION : Est-ce que vous perdez votre temps lorsque vous parlez avec – vous essayez de dialoguer avec la Corée du Nord? Ce qui est ce qu’il a dit, devrais-je dire.

SECRÉTAIRE TILLERSON : Notre diplomatie — Il appuie nos efforts diplomatiques.

Nous allons poursuivre ces efforts diplomatiques, comme je l’ai dit à d’autres. Nos efforts diplomatiques se poursuivront jusqu’au lancement de la première bombe.

QUESTION : L’autre possibilité, c’est que vous jouez au bon et au mauvais flic. Vous êtes le bon flic et le président, en disant que vous perdez votre temps, joue au mauvais flic.

C’est une stratégie. Mais n’est-ce pas un peu dangereux quand on a affaire à la Corée du Nord ?

SECRÉTAIRE TILLERSON : Ce n’est pas quelque chose dont nous pouvons parler avec qui que ce soit.

Comme l’a dit le président, il n’a aucune intention de signaler aux gens quelle sera sa prochaine étape. Il ne va pas les avertir de sa prochaine action. Je pense que cela le rend très efficace.

QUESTION : Très bien, merci d’être avec nous, monsieur le secrétaire.

SECRÉTAIRE TILLERSON : Tout le plaisir est pour moi, John.


Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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