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Allocution du secrétaire d’État Rex Tillerson sur le thème « Faire face aux défis de la politique étrangère en 2017 et au-delà » au Forum 2017 du Conseil atlantique et de la Fondation de la Corée

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Département d’État des États-Unis
Bureau du porte-parole
Pour diffusion immédiate
Le 12 décembre 2017
Washington

 

 
LE SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, merci beaucoup, Stephen, pour cet accueil chaleureux. Nous nous connaissons depuis longtemps et, avant de travailler comme secrétaire, il nous arrivait souvent d’échanger nos points de vue sur ce qui se passait dans le monde et j’essayais de savoir si j’étais dans le vrai et quels ajustements je devais faire. Et vos bons conseils étaient toujours les bienvenus. Merci.

 

Je tiens également à remercier l’ambassadeur Cho pour son introduction ainsi que pour son accueil. Et j’apprécie l’occasion qui m’ait été donnée de prendre la parole au Forum 2017 du Conseil atlantique et de la Fondation de la Corée et je vais vraiment en profiter pour me pencher un peu sur ces 11 derniers mois. Et donc, je vais reprendre un petit peu tout ce qui a pu se passer au fil de l’année. Je vais aborder un certain nombre de questions, de zones géographiques, et j’espère que cela permettra de définir les priorités du président dans le domaine de la politique étrangère, que certaines d’entre… que certains des tenants et aboutissants de ces politiques seront plus clairs pour vous. Je pense, comme vient de le dire Steve Hadley, que le monde est maintenant tellement interconnecté que nul ne peut s’isoler ou cloisonner ses problèmes en termes de politique étrangère, car ils ont tendance à tous s’entrelacer à un moment ou à un autre.

Cela est peut-être surprenant donc  surprendre, même cela ne devrait pas l’être, que toutes nos politiques, nos stratégies, qu’elles… et que nos tactiques dans tous les domaines divers de notre politique étrangère s’appuient clairement sur l’un des avantages des États-Unis, à savoir que nous comptons beaucoup, beaucoup d’alliances. Beaucoup d’alliances nées de sacrifices partagés, nées de valeurs partagées, dont notre alliance avec la république de Corée plus qu’avec n’importe quel autre pays. À travers notre sacrifice partagé dans la péninsule et nos valeurs partagées, qui ont permis à la Corée du Sud d’être dynamique et prospère telle que nous la connaissons aujourd’hui. Et comme le président Trump l’a souligné dans son allocution à l’assemblée générale à Séoul lors de son récent voyage en Asie, on peut voir le contraste flagrant qui existe entre la zone coréenne démilitarisée (ou DMZ) et si l’on regarde de l’autre côté de cette zone, à seulement quelques kilomètres de là, on peut voir la différence que les valeurs adoptées par la république de Corée ont pu faire et les conséquences en termes de qualité de vie pour ses citoyens, ainsi que la manière dont cela a contribué à la qualité de vie dans le monde, en comparaison avec les choix qui ont été faits par la Corée du Nord.

Ces nombreuses alliances, qui constituent une force puissante de la politique américaine dans le monde, ne sont égalées par aucun de nos adversaires. Aucun de nos adversaires n’a un tel avantage. Donc, je vais procéder comme suit, je ne vais pas m’attarder sur chaque sujet parce que ça serait… sinon ça prendrait trop longtemps, mais je vais rapidement faire le tour du monde. Et je vais évoquer, évidemment, la situation avec la Corée du Nord et nos relations avec la Chine et je vais aborder les efforts pour vaincre Daech et, nos efforts en Iraq et en Syrie ; les politiques plus générales en matière de lutte contre le terrorisme que nous menons au Moyen-Orient, dont beaucoup émanent du sommet historique du président à Riyad. Mais aussi comment se joue la lutte contre le terrorisme dans d’autres parties du monde, par exemple, au Sahel en Afrique et en Libye, mais aussi dans en Asie, dans la région, aux Philippines et à Mindanao.

Je vais aborder l’Asie du Sud et la politique du président relative à l’Afghanistan, au Pakistan et à l’Inde, la relation entre l’Union européenne et l’OTAN, la Russie et nos actions pour rétablir les relations avec elle et, ensuite, je retiendrai très rapidement quelques-unes des questions que nous traiterons dans l’hémisphère occidental. Mais je pense que ce n’est pas perdu… et je pense que cela a été mentionné, et je ne suis pas… je ne serai pas le dernier à apprécier l’ironie du fait que le Conseil atlantique organise un événement sur le partenariat américain avec la Corée du Sud, comme cela a déjà été mentionné. Mais à mon avis, cela est tout à fait logique car, comme vous l’avez vu, il faut une unité et des partenariats solides, qui couvrent l’Atlantique et le Pacifique, pour contrer la perspective d’une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire.

Dès le premier jour de son mandat, cette politique a été la première que le président Trump a demandé au département d’État de développer et de mettre en place, reconnaissant clairement qu’il allait prendre cette menace très au sérieux et qu’il n’allait pas la laisser sans réponse et qu’il n’allait pas accepter le statu quo. Cela représente effectivement maintenant, comme à l’époque, la menace la plus immédiate pour notre pays et que nous allions mettre fin à l’ère de la patience stratégique et commencer une ère de responsabilité stratégique. La menace est simplement trop grande pour être ignorée plus longtemps.

Notre politique vis-à-vis de la Corée du Nord est très claire, à savoir la dénucléarisation complète et vérifiable de la péninsule coréenne. Nous partageons cette politique avec d’autres pays de la région ; d’ailleurs, c’est aussi la politique de la Chine. Et la Russie a déclaré que c’était aussi sa politique. Donc, c’est… bien que cette politique soit courante, les tactiques d’application peuvent légèrement différer entre les parties impliquées dans la région. Notre approche, comme vous l’avez vu, consiste à imposer des sanctions toujours plus lourdes et d’exercer une pression toujours plus forte sur le régime de la Corée du Nord pour le persuader de mettre fin à son programme actuel de développement d’armes nucléaires et aux mécanismes qui lui permettent de lancer ces armes, ainsi que de changer la voie qu’il a empruntée et en choisir une autre.

Au cours des derniers mois, nous avons mis en place l’ensemble de sanctions économiques le plus complet jamais réuni grâce à deux résolutions très complètes du Conseil de sécurité des Nations unies, avec notamment le soutien de la Chine et de la Russie, ce qui indique très clairement que ces deux nations considèrent également cette menace comme étant d’une extrême gravité.

Ces sanctions imposent maintenant l’interdiction de toutes les exportations de charbon depuis le Nord… depuis la Corée du Nord. Elles ont mis fin à ses exportations de textiles. Elles limitent l’exportation de la main d’œuvre forcée et y mettront fin. Elles limitent également les importations de carburant et réduisent toutes les importations, toutes… chaque action augmentant la pression exercée sur la Corée du Nord.

Nous savons que les effets se font ressentir sur le Nord. Preuve en est ce qu’on observe concernant les prix du carburant pour les habitants de la Corée du Nord, des prix ayant initialement augmenté de 90 %. Ils ont maintenant baissé et la hausse n’est que de 50 %. On sait que des pénuries commencent également à apparaître et l’on voit aussi, même s’ils  apparaissent dans les rayons des magasins nord-coréens, des produits auparavant destinés à l’exportation. Ils doivent donc maintenant être consommés dans le pays.

Ces sanctions s’accompagnent à des sanctions diplomatiques, par lesquelles nous avons appelé les nations du monde entier à non seulement appliquer pleinement les sanctions économiques du Conseil de sécurité de l’ONU mais aussi, si elles le souhaitent et que cela leur paraît sensé, à isoler davantage le régime nord-coréen en rappelant leurs diplomates, en fermant leurs bureaux et en faisant savoir à la Corée du Nord que chaque test provocateur ne parviendrait qu’à l’isoler de plus en plus.

Plus de 22 pays ont renvoyé dans leur  pays les diplomates nord-coréens. Et pour certains, cela peut paraître anodin, mais pour les petits pays qui n’ont peut-être pas beaucoup d’influence économique, c’est encore un autre signal important. Ainsi, des pays comme le Pérou, l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont également rompu leurs liens diplomatiques. Et nous savons que cela ne passe pas inaperçu aux yeux du régime, quand un de ces ambassadeurs rentre au pays, parce qu’il ne représente plus sa mission à l’étranger, ce qui isole encore davantage le régime de ses contacts avec le reste du monde.

Ce sont des étapes très importantes, encore une fois, visant à renforcer le message envoyé au régime, à savoir qu’avec chaque action, il est de plus en plus isolé et que sa propre sécurité ne s’améliorera pas, mais au contraire qu’elle se dégradera. La relation trilatérale très forte entre les États-Unis, la république de Corée et le Japon est primordiale au succès. Elle constitue une base pour la structure de sécurité régionale que nous continuons à mettre en place et que nous continuons à exercer ensemble afin que notre intervention militaire puisse parer à toute éventualité si nécessaire.

Ces sanctions s’appliquent désormais également aux entités directes, mais nous avons également sanctionné des particuliers et d’autres entités, y compris des banques (certaines banques en Chine et ailleurs) qui facilitent les violations de ces sanctions par la Corée du Nord. Donc, dès lors que la Corée du Nord tente d’exploiter des failles ou quelque autre possibilité de contourner ces sanctions, nous essayons également de l’en empêcher.

Le temps passe et avec chaque test supplémentaire, la Corée du Nord démontre l’avancement de son programme. Le test de missiles balistiques intercontinentaux le plus récent démontre, selon moi, qu’elle a assurément la capacité de continuer à développer son programme et nous nous attendons à ce qu’elle en fasse de même concernant d’autres éléments d’un système d’armes nucléaires intégré. Nous avons donc besoin que la Corée du Nord s’assoit à la table des négociations. Nous sommes prêts à lui parler quand elle le voudra, mais elle doit venir à la table et elle doit y venir avec la volonté de faire un choix différent.

En attendant, nos préparatifs militaires sont solides. En raison de la situation, le président a ordonné à nos militaires chargés de la planification de disposer d’une gamme complète de plans de circonstance et ils sont prêts. Comme je l’ai dit à maintes reprises, je vais poursuivre nos efforts diplomatiques jusqu’à ce que la première bombe soit lâchée. Je vais rester confiant quant au fait que ce sera une réussite mais je suis confiant également que ce serait une réussite pour le secrétaire Mattis s’il s’avérait que c’était à son tour de gérer les choses.

En ce qui concerne la Chine, la Corée du Nord a vraiment constitué pour cette nouvelle administration notre premier engagement avec la Chine. C’était… mon premier déplacement à l’étranger a été au Japon, en Corée du Sud et en Chine pour entreprendre les premières articulations de cette politique sur le programme nucléaire de la Corée du Nord, la fin de notre stratégie de la patience. À bien des égards, c’était plutôt de la chance, selon moi, car cela a permis à cette administration dans ses premiers engagements avec la Chine de trouver quelque chose sur quoi nous allions pouvoir travailler ensemble. Et quand nous avons compris que nos politiques étaient identiques et que nos objectifs étaient les mêmes, cela nous a donné une plate‑forme à partir de laquelle nous impliquer d’une manière positive dès le départ.

L’histoire des relations entre les États-Unis et la Chine, comme vous le savez tous, a été définie depuis l’ouverture historique de notre relation avec la visite de Nixon. Ce dont les États-Unis et la Chine ont tous deux bénéficié et dont a bénéficié le reste du monde. Mais les temps ont changé. La Chine a accru son pouvoir économique. Et à bien des égards, le succès des Jeux olympiques de Pékin a peut-être permis à la Chine de s’ouvrir au reste du monde avec un nouveau sentiment de confiance et une nouvelle idée de la voie à emprunter.

Je pense que nos deux nations, les États-Unis et la Chine, cherchent maintenant ce qui va définir les relations sino-américaines pour les 50 prochaines années, parce que tout le monde a pu bénéficier de cette relation définie par « la politique d’une seule Chine » et les trois communiqués conjoints. La Chine est devenue une force économique mondiale. Et même si elle aime continuer à se décrire comme un pays en développement parce qu’elle compte des centaines de millions de personnes qui ont encore besoin de sortir de la pauvreté, elle n’est pas un pays en développement au sens traditionnel du terme. Son économie est très vaste et le pays a sans aucun doute une influence sur les marchés financiers du monde entier. Mais à mesure du développement de la Chine, un certain nombre de disparités font désormais leur apparition dans les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, ainsi que dans les relations commerciales entre la Chine et les autres pays, ce qui doit être abordé.

Ainsi, en établissant des liens avec la Chine lors du premier sommet avec le président Xi à Mar‑a-Lago, nous avons travaillé avec elle pour trouver un moyen de commencer un échange à un niveau plus élevé que précédemment. Comme beaucoup d’entre vous le savent, beaucoup, beaucoup de mécanismes de dialogue avec la Chine ont été mis en place au cours des dernières années. Je pense que lorsque je suis arrivé au département d’État, il y en avait 26 à différents niveaux. Nous avons pensé que nous avions besoin d’élever ces dialogues à un niveau beaucoup plus élevé au sein de nos gouveénements respectifs, à un niveau plus proche des décideurs ultimes.

Nous avons donc créé quatre dialogues significatifs de haut niveau avec des représentants de notre côté et du côté chinois très proches du président Trump et très proches du président Xi. Les quatre dialogues sont menés par des secrétaires de haut niveau  de notre côté et par leurs homologues du côté chinois. Ce dialogue diplomatique et stratégique est présidé par le secrétaire Mattis et moi-même et permet vraiment d’explorer les domaines dans lesquels nous pouvons travailler ensemble et ceux dans lesquels des différences existent, et par le biais de ce processus d’exploration, il permet de mettre en place des résultats qui, avec le temps, nous permettront de définir cette nouvelle relation. Les autres dialogues portent sur l’économie et les échanges commerciaux, les forces de l’ordre et la cybernétique, ainsi que sur l’aspect social entre nos peuples. Les quatre dialogues ont tous fait l’objet de réunions tout au long de l’année dernière et ont été conçus pour être axés sur les résultats, qui ont été rapportés lors du sommet du président Trump à Pékin, lors de sa visite d’État officielle.

Je pense donc qu’en ce qui concerne notre relation avec la Chine, nous avons maintenant un mécanisme très actif en place qui nous permet de mettre des problèmes complexes sur la table. Et nous avons des différends, par exemple sur la mer de Chine méridionale et la construction d’infrastructures en Chine, la militarisation de ces infrastructures, et la manière dont cela affecte nos alliés dans la région, ainsi que sur les échanges commerciaux libres et ouverts. Comme nous l’avons dit à la Chine, nous espérons pouvoir trouver un moyen de geler cette activité-là. Que cela puisse être complètement abandonné, cela reste à voir. Mais il n’est pas acceptable… il n’est pas acceptable en ce qui nous concerne que ces îles continuent d’être développées et certainement pas à des fins militaires.

En Asie du Sud-Est, nous avions une… nous avons mis en place une politique il n’y a pas si longtemps pour une région indo-pacifique libre et ouverte, qui a été bâtie sur la base de certaines de nos positions sur la politique chinoise dite de l’OBOR, pour One Belt, One Road. Selon nous, cette politique de l’OBOR pour la Chine est une politique qui doit lui permettre de poursuivre son développement économique et nos politiques ne cherchent pas à endiguer le développement économique de la Chine. Mais le développement économique de la Chine, selon nous, devrait se faire dans le système des règles et normes internationales, et la politique One Belt, One Road semble vouloir définir ses propres règles et normes.

J’aime citer le commentaire du secrétaire Mattis sur One Belt, One Road. Au sujet de la Chine, il a déclaré : « Eh bien, les États‑Unis et le reste du monde ont beaucoup de ceintures (belts) et beaucoup de routes (roads) et aucun pays ne peut décider en quoi elles consistent. Une région indo-pacifique libre et ouverte signifie donc que tous les pays ont accès au développement économique et au libre accès au commerce dans la région. »

Dans le cadre d’une région indo-pacifique libre et ouverte, nous avons renforcé notre engagement avec l’Inde. Nous entretenons depuis longtemps une relation trilatérale dans la région indo‑pacifique entre le Japon, l’Australie et les États-Unis, nous travaillons maintenant sur l’éventualité d’une relation à quatre avec l’Inde, en raison, je crois, de l’importance de son économie montante également et des préoccupations de sécurité nationale que nous partageons avec l’Inde.

Pour passer rapidement à la campagne de lutte contre Daech en Iraq et en Syrie, quand le président est entré en fonction, il a pris un virage important dans la politique de guerre contre Daech en Iraq et en Syrie et a ordonné de nouvelles stratégies agressives permettant à nos commandants militaires sur le terrain de prendre des décisions sur le champ de bataille de manière à gagner la guerre sur le champ de bataille. Après avoir pleinement mis en œuvre l’approche du département de la Défense consistant à acheter avec et par l’intermédiaire d’autres parties, l’armée a de fait commencé à réaliser des gains significatifs. Et comme nous le savons aujourd’hui, le Premier ministre Abadi a récemment déclaré que Daech avait été vaincu en Iraq. Nous luttons toujours contre Daech en Syrie, mais des progrès significatifs ont été faits.

En raison de ce succès militaire, au département d’État, nous avons vraiment dû mettre les bouchés doubles pour rattraper les succès militaires sur le  plan diplomatique pour l’après‑défaite de Daech et une majeure partie de ces mesures ont été menées à bien par la Coalition contre Daech, une coalition composée de 74 membres (68 pays et des organisations telles que l’OTAN, Interpol et d’autres encore).

Sept millions et demi de personnes ont maintenant été libérés des griffes de Daech en Iraq et en Syrie ; 95 % du territoire précédemment contrôlé par leur califat a été libéré. Nous essayons désormais de stabiliser ces zones après leur libération pour éviter une résurgence de Daech, mais aussi pour éviter la réapparition de conflits locaux entre les différents groupes.

Donc, notre travail avec le département de la Défense consiste à mener à bien la résolution du conflit sur le champ de bataille et à stabiliser les zones, notre travail avec la Jordanie et la Russie en Syrie a été une grande réussite, nous permettant de créer des zones d’harmonisation qui empêchent la réapparition d’une guerre civile, tout cela consistant à déplacer les pourparlers de la Syrie à Genève pour appliquer pleinement la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, laquelle appelle à une nouvelle constitution syrienne et à des élections supervisées par les Nations unies auxquelles toute la diaspora syrienne pourra participer. Cela inclut donc le vote des Syriens déplacés à cause des combats, que ce soit en raison de la guerre civile ou des suites de l’émergence de Daech.

Le président Trump et le président Poutine ont fait une déclaration conjointe de la plus haute importance en marge de l’APEC à Danang, au Vietnam, au cours de laquelle les deux dirigeants ont affirmé leur engagement en faveur d’une Syrie unifiée, entière, démocratique et libre. Les discussions ont démarré à Genève avec une représentation de l’opposition réformée. Et nous avons demandé à la Russie de s’assurer que le régime participe à ces pourparlers et il a été présent lors des pourparlers. Et maintenant, nous devons faire en sorte que tout le monde reste à la table des négociations. Nous continuerons de travailler avec la Russie dans les régions où cela est possible et avec la Syrie pour continuer à promouvoir une désescalade de la violence, la stabilisation des zones et une résolution du conflit pour la Syrie qui sera un produit du processus de Genève.

En Iraq, la libération de toutes les régions est maintenant terminée et, au cours des deux campagnes, nous avons dorénavant repris les capitales du califat de Mossoul en Iraq et de Raqqa en Syrie. Je pense que notre engagement précoce en Iraq avec ses voisins arabes a également été important pour l’avenir de ce pays, pour que son gouvernement démocratique puisse être maintenu et afin que l’Iraq reste un pays unifié. Avoir des voisins arabes engagés dès que la lutte pour vaincre Daech a pris de l’ampleur, surtout avec la visite historique, car plus de trente ans se sont écoulés depuis que le monde arabe a eu des relations avec Bagdad, les Saoudiens ont été les premiers à s’impliquer dans des discussions économiques et des comités consultatifs. Ils ont rouvert deux postes frontaliers, ils sont en train de rétablir des vols entre Bagdad et Riyad, envoyant ainsi un message important à tous les Iraquiens selon lequel… et leur rappelant que les Iraquiens sont arabes et qu’ils devraient de nouveau être impliqués et se réunir avec le monde arabe.

Des comités consultatifs ont été mis en place avec les Saoudiens et les Iraquiens et une deuxième conférence de reconstruction sera organisée par les Koweïtiens en janvier afin de s’assurer que le gouvernement de Bagdad et les Iraquiens comprennent qu’ils ont des amis au sud qui souhaitent soutenir leur reconstruction et le rétablissement de leur pays.

Fait important, également, nous… notre politique a toujours été celle d’une Iraq unifié. Et comme vous le savez, le référendum sur l’indépendance à l’initiative des Autorités régionales kurdes il y a quelques mois est venu perturber cette unité. Nous travaillons actuellement sur ce processus entre Bagdad et Erbil pour garantir que les deux parties restent unifiées et nous soutenons à la fois la résolution du conflit et un réengagement centré sur la constitution iraquienne qui n’a jamais été entièrement mise en œuvre. Et nous nous tiendrons aux côtés des Kurdes, comme nous l’avions déclaré, pour les soutenir dans la pleine application de la constitution iraquienne quand… qui, lorsqu’elle sera pleinement appliquée, répondra à un certain nombre de griefs que le peuple kurde a depuis longtemps et qui, nous l’espérons, conduira à cette Iraq unifiée.

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, encore une fois, je vous renvoie au sommet historique du président à Riyad, en Arabie Saoudite, où il avait convoqué 68 dirigeants de pays musulmans du monde entier pour les convaincre que les manifestations de l’extrémisme violent étaient un problème qu’eux seuls pouvaient résoudre. Les États-Unis ne peuvent pas résoudre ce problème. Nous pouvons les aider à le résoudre, mais ce problème doit être pris en charge par l’ensemble des dirigeants musulmans du monde entier.

Deux engagements très importants ont donc été pris lors de ce sommet : la création d’un centre de lutte contre l’extrémisme violent en Arabie Saoudite et la création d’un centre destiné à perturber les réseaux de financement antiterroristes*. Ces deux centres ont maintenant été établis et ils commencent à travailler non seulement pour vaincre le terrorisme sur le champ de bataille, comme on dit, ou plutôt vaincre le terrorisme sur le champ de bataille, mais aussi pour le contrer dans le cyberespace. Le centre de lutte contre l’extrémisme violent est composé d’un grand nombre de personnes qui surveillent le discours qui circule sur les médias sociaux pour en perturber le message, mais aussi pour développer un discours  inverse qui contre ces messages d’extrémisme violent.

Il est également important (et ce sont là des conversations que nous avons eues avec les Saoudiens) que ces messages soient diffusés dans les mosquées, qu’ils soient diffusés dans les madrasas et qu’ils arrivent à être diffusés dans les supports pédagogiques mis à disposition des écoles. Les Saoudiens publient désormais de nouveaux supports pédagogiques. Ils sont en train de récupérer les anciens. Mais nous avons beaucoup de travail à faire pour arriver à bout de ces messages d’extrémisme violent.

Le centre de lutte contre le financement du terrorisme est également un grand établissement qui vient en aide au département du Trésor et qui est associé à d’autres sources d’information dans le monde pour suivre la manière dont les fonds sont transférés pour un éventuel soutien à des activités terroristes dans le monde entier. Encore une fois, nous pouvons remporter la victoire sur le champ de bataille, mais si nous ne la remportons pas dans le cyberespace et que nous ne perturbons pas les capacités des réseaux à se rétablir, nous savons qu’ils apparaîtront ailleurs, comme nous les avons vus apparaître en Libye, comme nous les avons vus apparaître à Mindanao, comme on les voit apparaître au Sahel.

Les efforts de lutte contre Daech et  de lutte contre le terrorisme à l’échelle mondiale constituent l’une des principales priorités du président, ce qui nous amène à la politique de l’Asie du Sud et à l’Afghanistan, au Pakistan et à l’Inde. Et l’approche de cette politique était vraiment une approche régionale. Le président a pris une décision et a annoncé sa politique de maintien des troupes en Afghanistan, de maintien de notre engagement dans la lutte contre les talibans, et la durée et les moyens dépendraient des conditions. Il n’a pas… il a dit que ce n’était pas un chèque en blanc. Ce n’est pas pour toujours, alors l’Afghanistan doit comprendre qu’il doit poursuivre son processus de réforme et continuer de créer des conditions inclusives pour tous les groupes ethniques dans le pays, y compris avec un gouvernement légitime auquel les talibans auront la possibilité de participer  lorsqu’ils seront prêts à renoncer au terrorisme, à renoncer au combat et à venir s’asseoir à la table des négociations.

Donc, l’approche basée sur les conditions consiste à s’assurer que les talibans savent qu’ils ne remporteront jamais une victoire sur le champ de bataille et que la voie à suivre sera de s’engager dans un processus de réconciliation en Afghanistan et à termes de faire partie du gouvernement afghan.

Une partie importante de notre approche régionale repose sur notre relation avec le Pakistan. Les États-Unis et le Pakistan jouissent de bonnes relations depuis longtemps, mais cette relation s’est vraiment détériorée au cours des dix dernières années et nous sommes maintenant engagés dans une conversation avec le Pakistan pour nous assurer que nos attentes à son égard soient claires, qu’il comprenne que notre préoccupation est vraiment la stabilité au Pakistan. Le Pakistan a permis à un grand nombre d’organisations terroristes de trouver refuge sur son territoire et ces organisations prennent de l’ampleur et gagnent en influence, comme je l’ai dit aux dirigeants du Pakistan, ils pourraient à un moment donné en être la cible et ces organisations pourraient détourner leur attention de Kaboul et décider qu’Islamabad ferait une meilleure cible.

Nous voulons travailler avec le Pakistan pour éradiquer le terrorisme au sein de ses frontières, mais le Pakistan doit commencer à changer ses relations avec le réseau Haqqani et avec d’autres. Je comprends que c’est une relation qui a, selon ses représentants, probablement vu le jour pour de bonnes raisons il y a de cela dix ans, mais aujourd’hui, cette relation doit être modifiée car ils… s’il ne fait pas attention, le Pakistan perdra le contrôle de son propre pays. Nous voulons travailler avec eux de manière positive. Nous sommes prêts à partager des informations avec eux et nous voulons qu’ils réussissent. Mais nous ne pouvons pas continuer avec ce statu quo, où les organisations terroristes sont autorisées à trouver refuge au Pakistan.

Je veux aborder la relation avec l’OTAN et l’Europe, rapidement, et il s’agit d’un voyage que le président a fait au début de son mandat aussi. Et je pense que la chose importante à retenir est que l’alliance transatlantique est aussi forte que jamais, nonobstant ce que les gens décrivent ou souhaitent écrire à ce sujet. Et je reviens tout juste d’une semaine en Europe, deux jours à Bruxelles et à l’OTAN, où j’ai également eu des réunions avec les pays membres de l’UE. Je suis allé à Vienne pour les réunions de l’OSCE et j’ai ensuite passé une journée entière à Paris. Partout où je me suis rendu la semaine dernière et lors de chaque rencontre, les liens étaient forts entre les États-Unis et tous nos partenaires et alliés d’Europe. Et il existe une grande unité sur les questions d’importance pour eux et nous, à savoir la sécurité, l’économie et les échanges commerciaux.

Nous avons beaucoup à faire et le message que notre président adresse à nos alliés européens est que nous sommes à leurs côtés. Nous nous tiendrons à vos côtés. Mais à l’OTAN en particulier, et nous satisferions l’engagement de l’article 5, mais à nos partenaires et aux pays membres de l’OTAN, nous disons que les Américains ne peuvent plus se préoccuper de la sécurité de vos citoyens plus que vous ne vous en préoccupez vous-mêmes.

Ainsi, le président est très exigeant pour ce qui de partager le fardeau, sur le fait que les Américains ne peuvent tout simplement pas porter une partie disproportionnée de ce fardeau pour des années à venir et que tout un chacun doit avoir la volonté de prendre en charge sa part. Les accords de l’OTAN demandent à tous les pays d’arriver à un taux de dépenses pour la défense de 2 % de leur PIB et le président exerce une grande pression sur les pays pour qu’ils s’y tiennent.

Un certain nombre de pays ont intensifié leurs efforts. Les recettes et les dépenses de l’OTAN ont augmenté de 8 % cette année et d’autres pays se sont engagés et prévoient d’accroître leurs dépenses pour la défense. Cela donnera à l’OTAN une position de défense plus forte pour prendre en charge les menaces venant du sud, zone sur laquelle nous avons demandé à l’OTAN de se concentrer, parce que les pays européens sont… ressentent les effets les plus forts de la transmigration due à Daech et également aux menaces à l’est, venant de la Russie, ce qui me mène à parler de la Russie.

Je pense que le président a été assez clair quant à l’extrême importance qu’il accorde à une relation de travail entre les États-Unis et la Russie. Aujourd’hui, elle nous fait défaut. Et j’ai parlé des domaines dans lesquels nous collaborons, en Syrie. Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter. Et comme je l’ai indiqué à d’autres en Europe la semaine dernière, le fait que les pays choisissent un camp à soutenir dans les conflits, c’est une chose. La Russie voulait choisir d’être du côté de Bachar al-Assad, nous avons choisi de ne pas l’être. Mais lorsque vous envahissez un autre pays et que vous vous emparez de leur territoire, nous ne pouvons… cela ne peut rester sans contestation. Et c’est là la base du régime de sanctions très strictes que les États-Unis et l’Europe ont imposé à la Russie, du fait de cette invasion, et ce régime ne changera en rien tant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne sera pas résolue et que l’intégrité territoriale de l’Ukraine ne sera pas retrouvée.

Nous nous sommes engagés à essayer de sortir de l’impasse sur l’est de l’Ukraine pour une application des accords de Minsk. Ces pourparlers étaient gelés lorsque le président a pris ses fonctions. Lors de nos premières réunions, lors de ma première réunion avec le président Poutine, il m’a demandé si nous allions nommer une personne qui travaillerait directement à… avec lui, avec le Kremlin pour voir si nous pouvons redémarrer ces pourparlers ou reprendre une activité quelconque. J’ai nommé l’ancien ambassadeur auprès de l’OTAN, Kirk Volker, à cette tâche. La tâche immédiate consiste à… et nous sommes concentrés sur l’est de l’Ukraine parce que les violences se poursuivent là-bas. Mais nous voyons davantage d’incidents faisant des victimes et des morts chez les civils en 2017 qu’en 2016. Les incidents de violation du cessez‑le‑feu ont augmenté de 60 % et nous nous devons de réduire la violence dans l’est de l’Ukraine. Ainsi, notre priorité est de mettre fin aux violences, d’arrêter les tueries dans l’est de l’Ukraine et nous travaillons avec la Russie pour voir si nous pouvons arriver à un accord, quel qu’il soit, sur le mandat d’une force de maintien de la paix de l’ONU qui mettrait fin à cette violence. Ensuite, nous pourrons nous tourner vers les autres éléments qui doivent être appliqués.

Le gouvernement de Kiev a beaucoup à faire pour poursuivre ses réformes et répondre à ses obligations dans le cadre de l’accord de Minsk. La Russie doit user de son influence sur les forces rebelles qu’elle soutient à l’est de l’Ukraine pour mettre fin à la violence et avancer de manière à progresser dans le cadre des accords de Minsk. Nous reviendrons sur la question de la Crimée. Je sais que le président Poutine a dit clairement que cela ne pourrait faire l’objet de négociations. Ce sera toutefois le cas à un moment ou à un autre. Mais aujourd’hui, nous voulons mettre fin à la violence à l’est de l’Ukraine et voyons si nous pouvons résoudre cela.

Dans les autres domaines avec la Russie, nous recherchons des possibilités de coopération où nous avons un intérêt mutuel en matière de lutte contre le terrorisme. Nous savons que nous allons devoir continuer à faire face à la guerre hybride menée par la Russie. Nous l’avons ressenti lors de nos élections et bon nombre de pays européens signalent maintenant qu’ils voient les mêmes effets. C’est quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi la Russie pense-t-elle que c’est dans son intérêt que de perturber les élections libres et justes d’autres pays ? Qu’est-ce qu’on espère ainsi arriver à faire ? Je ne comprends pas cela et personne n’a encore été en mesure de répondre à cette question pour moi. Mais nous disons clairement que nous voyons ce qui passe, cela doit cesser, cela doit s’arrêter et cela, aussi, fait obstacle à la renormalisation de nos relations.

Nous maintenons un dialogue très actif avec nos homologues russes, un dialogue très fort entre nos armées, un dialogue très fort sur le plan diplomatique. Ainsi, nous allons maintenir ce dialogue mais, comme nous l’avons dit à nos homologues russes, nous avons besoin de recevoir de bonnes nouvelles. Nous avons besoin que quelque chose de positif se passe dans cette relation et aujourd’hui nous n’avons rien. Nous attendons. Nous attendons.

Donc, dernièrement, dans l’hémisphère ouest, les choses qui nous préoccupent sont bien entendu les migrations en provenance d’Amérique centrale, du Mexique, les organisations transcriminelles, le négoce des stupéfiants en particulier, qui soutient également la traite des personnes. Mais nous voyons d’autres débouchés avec l’Amérique centrale et du Sud. Nous avons instauré des dialogues forts sur les organisations transcriminelles avec le Mexique. Nous organisons un autre cycle de dialogue cette semaine au niveau ministériel. Nous co-organisons un événement cette année à Miami pour… sur la sécurité et la prospérité en Amérique centrale. Et nous travaillons ensemble sur la situation au Venezuela, aussi bien par le biais de l’OEA que par le biais du Groupe de Lima.

Je pourrais parler brièvement de Cuba et d’autres zones mais je ne vais pas m’attarder là-dessus. Je serai ravi d’en parler en réponse à des questions. Et en Afrique, nous nous concentrons vraiment sur deux domaines principaux : la prise en charge de l’émergence de potentielles organisations terroristes en Afrique, mais également la prise en charge de la crise humanitaire à laquelle nous faisons face au Soudan et dans d’autres régions d’Afrique.

L’année a donc été très chargée. C’est intéressant, à mon sens, que certaines personnes semblent vouloir voir que rien ne se passe au département d’État parce que je déambule dans ce bâtiment éviscéré et que j’entends l’écho de mes pas quand je passe dans les couloirs. (Rires.) J’ai organisé une réunion de tout le personnel au département d’État ce matin et elle s’est très bien passée. Nous avons passé l’année en revue. Nous avons parlé de la reconception du département d’État ; Et oui, j’ai beaucoup de postes à pourvoir. J’ai nommé des gens à ces postes. J’aimerais beaucoup qu’ils prennent leurs fonctions. Cela ferait une grande différence.

Mais je dois vous dire que la qualité des personnes et des diplomates de carrière au département d’État, les diplomates de carrière, les gens qui ont été ambassadeurs, ils sont dévoués à la mission et ils  montent au créneau pour assumer ces rôles. Bien qu’ils occupent ces postes par intérim, ils s’approprient le travail. Ils se mettent d’emblée à travailler sur les questions. Ils n’ont rien fait d’autre que de soutenir les politiques du président, les pivots qui étaient nécessaires. Et je sais que ce n’est pas aisé pour bon nombre d’entre eux parce qu’ils exécutaient la politique de l’administration précédente. Nous avons emprunté une voie différente. Mais je tiens à vous dire, leurs capacités et la souplesse dont ils font preuve pour soutenir et comprendre rapidement les objectifs et les priorités du président… et ensuite nous travaillerons d’arrache-pied pour répondre à cette mission… c’est quelque chose que tout le monde au département d’État comprend et nous en avons beaucoup parlé ce matin. Je suis extrêmement fier de ce qu’ils ont accompli. Pour toutes les questions que j’ai abordées… que j’ai abordées avec vous, il y a un bureau qui travaille toute l’année au repositionnement des politiques du président et à leur exécution. J’ai entièrement, entièrement confiance en l’équipe actuellement en place et, au fur et à mesure que nous ajouterons des effectifs, elle n’en sera que plus forte.

Mais je vais m’arrêter là et m’asseoir aux côtés de Stephen Hadley, mon vieil ami, et nous allons discuter de ce qu’il souhaite, ce qui sera probablement plus en phase avec ce dont vous vouliez parler. Mais, je pense, une chose importante que je dirais… et quand j’ai fait mon rapide tour d’horizon… je peux prendre presque n’importe quelles deux ou trois questions et nous pourrions les écrire au tableau blanc et chacune d’entre elles recouperait les autres. Ainsi, beaucoup de gens… c’est intéressant lorsque j’en parle avec les gens, eh bien, ce que vous faites dans un domaine particulier, c’est du cloisonnement. Et le monde actuel ne se prête plus au cloisonnement. Il existe trop d’interconnexions, trop d’intersections et il est important de les reconnaître si vous comptez vraiment en résoudre quelques-unes et ce, une bonne fois pour toutes.

Ainsi, cela prend du temps. Ce n’est pas une mince affaire. Mais c’est la nature de la diplomatie d’aujourd’hui, dans ce monde très complexe dans lequel nous nous trouvons, où les conflits sont bien trop nombreux. Notre mission dans la vie est de calmer certains de ces conflits et d’y mettre fin. Comme je le dis aux gens au département d’État, je l’ai dit à d’autres, la première question que je me pose tous les matins à mon réveil : comment puis-je sauver une vie aujourd’hui ? Parce que trop de vies sont perdues dans ces conflits trop nombreux. Merci. (Applaudissements).

  1. HADLEY : Eh bien, c’était formidable.
  2. LE SECRÉTAIRE TILLERSON : C’était un peu la course. (Rires.)
  3. HADLEY : C’était formidable et il est bon de vous voir sur scène expliquer les politiques de l’administration. J’ai beaucoup voyagé aux États-Unis et de par le monde et voici les questions que tout le monde pose : quelle est la politique de l’administration Trump sur tel ou tel sujet ? Et vous l’avez exposé d’une manière très convaincante et, je dois dire, sans le fardeau d’un texte préparé, ce qui montre véritablement votre maîtrise des questions. Donc, félicitations et nous sommes ravis de vous voir communiquer davantage. Le pays et le monde veulent entendre cela et nul autre que vous pourrait faire mieux.

Je souhaite également indiquer que je pense que vous avez su tuer l’idée selon laquelle cette administration ne croit pas aux alliances. Cela hante l’administration depuis un certain temps et je pense que vous avez dit clairement que vous reconnaissez que les alliances constituent une ressource unique pour ce pays et que vous comptez l’utiliser de manière très active dans votre diplomatie.

  1. LE SECRÉTAIRE TILLERSON : Effectivement.
  2. HADLEY : Ce qui a été fait contre Daech est, bien entendu, impressionnant. Nous avons une quinzaine de minutes avant que le secrétaire doive nous quitter, ce qui est court. Et de nombreuses questions ont été soumises. Je vais donc essayer de regrouper certaines de ces questions entre elles.
  3. LE SECRÉTAIRE TILLERSON : Bien sûr.
  4. HADLEY : … on peut peut-être en prendre trois ou quatre et vous libérez ensuite.

Puisque cette conférence s’est concentrée sur la Corée du Sud et l’Asie, nous devrions commencer par la Corée du Nord. J’ai probablement 10 questions sur ce sujet. Elles tournent autour de deux choses que je souhaiterais couvrir avec vous. Premièrement, dans quelles mesures êtes-vous optimiste quant à la possibilité d’arriver à la dénucléarisation par la voie diplomatique ? Et si vous êtes optimiste, alors quand commencerons-nous la diplomatie ? Certains avancent que, en fait, l’administration laisse la pression s’accumuler sur la Corée du Nord, à juste titre, par le biais de sanctions croissantes, en exerçant une pression sur la Chine pour qu’elle en exerce davantage à son tour sur la Corée du Nord, en incorporant la Russie de manière à ce qu’elle n’apporte pas de substitution à ce que la Chine pourrait cesser de faire. Et c’est peut-être la bonne approche mais, à votre avis, quand passerons-nous aux négociations ? Et existe-t-il des conditions préalables ? Et l’autre question qui, bien sûr, préoccupe : la Corée du Nord dit qu’elle ne viendra pas à la table des négociations sur la dénucléarisation, notre position étant que c’est la seule chose qui vaut la peine d’être abordée.

Comment surmonter cela ? Pouvez-vous donc parler de la manière dont le processus diplomatique pourrait se dérouler ?

  1. LE SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, d’abord, je dirais que la diplomatie est en cours. Elle est en cours. En fait, le régime de sanctions tout entier, la campagne de pression, cela fait partie de la diplomatie… c’est une manière d’arriver à faire comprendre aux Nord-Coréens que le monde n’accepte pas ces actions, ainsi, ils comprennent que tant qu’ils continuent, l’isolement continue, tout simplement. Et cela est, en soi, de la diplomatie. Et c’était… et il s’agissait d’une décision prise de manière très délibérée aux débuts de la politique, c’est que le fait de simplement prendre le téléphone et d’appeler Kim Jong-un en février lorsque… et en mars lorsque nous avons commencé à élaborer tout cela et de dire « Bonjour, nous n’apprécions vraiment pas ces tests nucléaires que vous réalisez. Est-ce qu’on peut en discuter », cela n’allait probablement attirer personne à la table des négociations.

Alors je pense que nous avons adopté ce point de vue et nous nous sommes intéressés aux efforts et aux négociations du passé et le président l’a dit à maintes reprises, les autres… nous nous sommes penchés sur ce que les autres avaient essayé de faire, sans succès, et les Nord-Coréens ont toujours su tirer leur épingle du jeu. Et ils ne se sont jamais avérés être des interlocuteurs fiables. Nous avons donc décidé que nous allions entreprendre une campagne très intensive de sanctions cette fois-ci, mais cela ne fonctionnerait qu’à condition de recueillir une très large participation internationale. Ainsi, il ne s’agissait pas uniquement des États-Unis et de quelques pays, mais d’une très grande participation et cela nécessitait l’implication active de la Chine et de la Russie de manière très sérieuse. Et cela a vraiment marqué le début des discussions avec la Chine et une grande partie de la décision d’aller de l’avant dépendait de la Chine qui allait nous dire si oui ou non elle y participerait. Et laissez-moi vous dire, à notre avis, la Chine a participé, elle a pleinement appliqué les sanctions. C’est pourquoi elles ont un effet.

Le président souhaiterait voir la Chine cesser son approvisionnement en pétrole. La dernière fois que les Nord-Coréens sont venus à la table des négociations, c’était parce que la Chine avait arrêté  son approvisionnement en pétrole. Trois jours plus tard, les Nord-Coréens étaient à la table et y négociaient. Et le président pense que nous en sommes vraiment à ce stade. Alors il exerce une importante pression sur les Chinois pour qu’ils en fassent davantage eu égard au pétrole.

Quand est-ce que les négociations vont commencer ? Nous avons dit, du côté diplomatique, que nous étions prêts à négocier à n’importe quel moment, quand la Corée du Nord souhaiterait parler, et nous sommes disposés à tenir la première réunion sans conditions préalables. Il suffirait juste de se voir… on peut même parler de la pluie et du beau temps, si cela vous chante. On peut parler de la table, s’il faut qu’elle soit carrée ou ronde, si ça peut vous faire plaisir. Mais peut-on au moins s’asseoir et se voir face à face ? Et alors on peut commencer à préparer une feuille de route de ce sur quoi nous pourrions être disposés à travailler. Je ne pense pas… ce n’est pas réaliste que de dire que qu’on parlera uniquement s’ils viennent à la table, disposés à laisser tomber leur programme. Ils ont trop investi dedans. Et le président est très réaliste sur ce point également.

Ainsi, il s’agit vraiment de la manière de démarrer le processus d’engagement, ne serait-ce que ça, parce que nous avons affaire à un nouveau leader en Corée du Nord avec qui personne n’a eu d’engagement. Et il n’est clairement pas comme son père ni encore son grand-père et nous ne savons pas grand-chose quant à ce que pourrait être un engagement avec lui. Et c’est pourquoi je pense que mes attentes quant à la manière de démarrer sont vraiment cadrées sur, d’abord, le fait de connaître mon interlocuteur. J’ai besoin de connaître quelque chose sur lui. J’ai besoin de comprendre son mode de fonctionnement, de réflexion. Parce que pour arriver à un accord, comme nous le savons tous, par le biais de négociations, il faut être prêt à parler de beaucoup de choses. Mettons donc simplement beaucoup de choses sur la table. Et que voulez-vous mettre sur la table ? Et nous vous dirons ce que nous voulons mettre sur la table. Et ce qui est important, c’est de démarrer.

La seule condition, s’il en est pour tout cela, est que, voyez-vous, il va être difficile de parler si au beau milieu des négociations vous décidez de tester un autre dispositif. Il va être difficile de parler si au beau milieu des négociations, vous décider de lancer autre chose. Je pense donc qu’ils comprennent clairement que si nous allons parler, nous devons avoir une période de calme. Nous devons avoir une période de calme ou il va s’avérer difficile d’avoir des conversations productives.

Ainsi, nous continuons à leur signifier que nous avons besoin d’une période de calme. Vous devez nous dire que vous souhaitez parler. La porte est ouverte. Mais nous serons au rendez-vous lorsque vous serez disposés à parler.

  1. HADLEY : Oui. Permettez-moi de vous poser une deuxième question. On parle beaucoup du recours à la force. Certaines personnes ont dit que la susceptibilité d’un recours à la force dans un conflit sur la péninsule était de 40 %. Je dis parfois de manière taquine aux gens, eh bien, c’est une indication… le fait que les gens en parlent ainsi est une indication de la réussite des politiques du président, parce qu’il a vraiment convaincu les gens qu’il est très important de résoudre ce problème et qu’il s’agit en partie de la manière d’attirer l’attention à la fois de la Corée du Nord et de la Chine. D’autre part, beaucoup de gens se sont exprimés sur les risques et les préoccupations. Et parmi les préoccupations, on compte, par exemple, le fait qu’avec quelqu’un comme Kim Jong-un que nous ne connaissons pas et qui est assez isolé, il risque à un moment de penser que les États-Unis sont sur le point de s’attaquer à lui sur le plan militaire et qu’il réagisse par préemption.

Alors comment envisager cette question de la susceptibilité du recours à la force militaire lorsque nous entendons les responsables de l’administration dire… les porte-paroles dire qu’il existe des options militaires ? De quoi parlent-ils ?

  1. LE SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, je pense que tout effort diplomatique réussi de cette nature doit être soutenu par un certain type d’alternative militaire et que cela ne peut être qu’une simple menace. Cela doit être une alternative crédible. Et le président a également demandé, dès le départ, que la menace d’une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire… je sais que nombreux sont ceux qui ont posé la question de savoir pourquoi, après tout, ne pas se contenter d’une stratégie d’endiguement ? Vous l’avez bien fait avec la Russie, vous l’avez bien fait avec la Chine, vous l’avez bien fait avec d’autres. Et la différence est que le comportement de la Corée du Nord par le passé, il est clair pour nous qu’elle ne se limitera pas à l’utilisation de l’arme nucléaire comme outil de dissuasion. Cela deviendrait une activité commerciale pour elle. Parce que nous en voyons déjà des éléments sur les marchés commerciaux. Et dans le monde d’aujourd’hui, où nos plus grandes menaces proviennent d’acteurs non-étatiques, nous ne pouvons simplement pas accepter cela. Nous ne pouvons pas accepter un pays qui n’a aucun antécédent de respect de normes internationales, quelles qu’elles soient. Ce n’était très certainement pas le cas de l’Union soviétique. Ce n’est très certainement pas le cas de la Chine. Ce n’est très certainement pas le cas d’autres pays dotés de l’arme nucléaire. Il s’agit de pays qui ont des antécédents de respect de certaines normes internationales. La Corée du Nord n’a aucun antécédent de la sorte. En fait, ces antécédents indiquent tout le contraire. Et c’est la raison pour laquelle le président et moi nous accordons sur son évaluation selon laquelle nous ne pouvons simplement pas accepter une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire et je pense que c’est pour cela que c’est également la politique de ses voisins.

Il est donc important que l’effort diplomatique soit soutenu par une alternative militaire très crédible. Et oui, il existe… il existe plusieurs options militaires qui ont été élaborées pour intervenir en cas d’échec de ma part. C’est pourquoi je dis que nous allons travailler d’arrache‑pied pour ne pas échouer. Et le président le souhaite également, il encourage nos efforts diplomatiques. Mais je pense qu’il prend également au sérieux ses responsabilités de protéger les États-Unis et nos alliés contre ce type de menace et qu’il a l’intention de garantir qu’aucune arme nucléaire ne puisse être lancée sur les côtes américaines.

  1. HADLEY : Le temps imparti touche à sa fin et nombreux sont les sujets que nous pourrions couvrir. Je vais rester sur ce sujet pour essayer de le couvrir de manière intensive et vous donner deux points sur lesquels commenter et puis nous conclurons. Le premier point a trait à la Chine. Un certain nombre de personnes disent que la Chine se préoccupe de savoir si elle exerce une trop forte pression sur la Corée du Nord, est-ce que le régime s’effondrera. Cela signifie que des réfugiés passeraient la frontière et peut-être que les forces américaines et sud-coréennes entreraient sur le territoire nord-coréen. Et nombreux sont ceux qui parlent de la nécessité d’une conversation stratégique de haut niveau avec la Chine pour arriver à comprendre ce que feraient ou non la Chine et les États-Unis face à ces imprévus.

Vous vous êtes publiquement exprimé sur certains « non », certaines négations qui, à mon sens, sont rassurantes. Quelles sont les perspectives ? La relation entre les États-Unis et la Chine… et je ne vous demande pas de rentrer dans les détails… mais la relation entre les États-Unis et la Chine est-elle à un stade où ce type de discussion est possible ? Et deuxièmement, nous n’avons pas parlé de la Russie parce que plus la pression exercée par la Chine sur la Corée du Nord sera grande et plus elle cessera de l’approvisionner en ressources, plus il existera un vide que la Russie pourrait combler. La Russie est-elle du côté de cet effort ? Et pouvez-vous nous en dire davantage sur la diplomatie avec la Russie concernant la Corée du Nord ?

  1. LE SECRÉTAIRE TILLERSON : Eh bien, permettez-moi d’aborder la question de la Chine en premier. Et l’une des vraies valeurs de ces dialogues de haut niveau et du dialogue diplomatique et stratégique que le secrétaire Mattis et moi présidons avec nos homologues, et nous avons en fait inclus le chef d’état-major interarmées, le général Dunford, et son homologue chinois également. Voilà l’objet de ces dialogues et d’essayer… pour nous, il s’agit de comprendre, tout d’abord, quelle crédibilité nous accordons à la préoccupation chinoise en ce qui concerne les flux de réfugiés en masse qui passeraient la frontière en cas d’effondrement du régime. La Chine prend des mesures pour se préparer à cette éventualité. Je pense que c’est quelque chose qu’elle peut prendre en charge. Je ne pense pas que la menace soit aussi considérable que d’autres, peut-être, le pensent. Je ne veux pas écarter cette préoccupation mais il ne s’agit pas d’une situation ingérable. Et la Chine agit de manière à se préparer à un tel événement.

Nous avons également… nous avons eu des conversations sur l’éventualité que cela se produise… cela pourrait se produire à l’intérieur de la Corée du Nord, cela pourrait ne rien avoir affaire avec ce que nous faisons depuis l’extérieur… si cela entraîne une instabilité, quelle qu’elle soit, la chose la plus importante pour nous serait de sécuriser les armes nucléaires déjà développées et de nous assurer qu’elles… que rien ne tombe dans les mains de personnes qui, à notre sens, ne devraient pas avoir ces armes. Nous avons eu des conversations avec les Chinois sur la manière de procéder.

Les quatre « non » ou négations que j’ai énoncés lors de ma première visite en Asie étaient intentionnels : nous ne recherchons pas un changement de régime, nous ne recherchons pas l’effondrement du régime, nous ne cherchons pas à accélérer le processus d’unification de la péninsule coréenne, nous ne cherchons pas de raison d’envoyer nos propres forces militaires au nord de la zone démilitarisée. Nous avons eu des conversations sur ce qui se passerait si nous devions passer outre la ligne, nous avons assuré à la Chine que nous reculerions et partirions en retraite au sud du 38e parallèle, en fonction des conditions qui ont causé cela. C’est l’engagement que nous avons pris envers la Chine.

Notre seul objectif est de dénucléariser la péninsule coréenne et c’est tout. Et à cette fin et sur la base de ces discussions, peut-être que nous pouvons offrir un avenir différent au peuple nord‑coréen parce que leur avenir, aujourd’hui, est plutôt lugubre.

En ce qui concerne la participation de la Russie, la Russie a bien soutenu les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle aurait pu y opposer son veto. Elle aurait pu les bloquer mais elle ne l’a pas fait. Je pense que sur l’application des sanctions, nous ne voyons pas clairement comment elles sont appliquées pleinement. Nous savons qu’il y a certaines violations. Elles ne sont pas difficiles à voir. Nous voyons ce dont il s’agit, et nous avons eu, tout particulièrement, j’ai eu un grand nombre de conversations avec le ministre des Affaires étrangères, M. Lavrov, sur des questions particulières que nous voyons et que nous leur demanderions de régler. Le travail forcé en est une. Un grand nombre de Nord-Coréens, environ 35 000, travaillent en Russie à ce jour. La Russie a une pénurie de main d’œuvre. Elle entreprend notamment des activités de développement économique à l’est du pays. Je comprends donc pourquoi elle a un intérêt économique dans tout cela. Mais cela sape également l’efficacité des sanctions. Nous échangeons donc sur des points très précis avec nos homologues russes sur ce que nous leur demandons de faire.

En grande partie, au Conseil de sécurité, encore une fois, ils ont beaucoup soutenu les sanctions. Ils ont exprimé leur point de vue sur la mesure dans laquelle ils pensent qu’elles sont efficaces. Mais nous avons besoin du soutien de la Russie. Et lorsque nous arriverons au stade où nous serons vraiment sur le point de résoudre ce problème, nous aurons besoin de tout le monde dans le voisinage, retenez mes propos. Et cela va être important, bien entendu, avant tout, pour nos alliés en république de Corée, mais cela va être important pour le Japon, la Russie, la Chine et tous les autres qui seront présents pour assurer le succès autour  de pourparlers diplomatiques… autour de pourparlers diplomatiques.

  1. HADLEY : Nous arrivons à la fin de cet événement. Je souhaite remercier les participants et partenaires coréens, la Fondation de la Corée et le Conseil atlantique, bien sûr. Et tout spécialement, merci au Dr Miyeon Oh pour son excellent travail de préparation de l’événement d’aujourd’hui. Je tiens à tous vous remercier d’être venus et veuillez-vous joindre à moi pour remercier le secrétaire Tillerson d’être ici ce soir. (Applaudissements).

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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