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Conférence de presse téléphonique avec le Dr Jim Green, directeur scientifique de la NASA

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Département d’État des États-Unis
Le 19 juin 2018

 
 

Modérateur : Bonjour à tous de la part du U.S.-European Media Hub à Bruxelles. J’aimerais souhaiter la bienvenue à nos participants de toute l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient et je vous remercie tous de participer à cette discussion.

Aujourd’hui, nous sommes très heureux d’être rejoints de Vienne par le Dr Jim Green, directeur scientifique de la NASA. M. Green nous parlera de la recherche de la vie ailleurs dans le système solaire, ainsi que de la campagne d’exploration de la NASA et du rôle des États-Unis dans l’événement UNISPACE +50 qui se tient à Vienne du 18 au 21 juin.

Nous remercions le Dr Green de bien vouloir prendre le temps de nous parler aujourd’hui.

Nous commencerons l’appel d’aujourd’hui par une introduction du Dr Green, puis nous passerons à vos questions. Nous essaierons de répondre à autant de questions que possible dans le délai qui nous est imparti, soit environ 30 minutes. À titre de rappel, les déclarations émises durant cette conférence de presse sont officielles.

Là-dessus, je passe la parole au Dr Green.

Dr Green : Merci beaucoup.

J’aimerais donner à tout le monde un petit aperçu de ce qu’a fait la NASA, principalement au cours des dix dernières années.

Nous avons adopté une approche qui fait intervenir la recherche de la vie ailleurs dans l’univers. Nous essayons vraiment de répondre à ce qui nous semble l’une des questions fondamentales à laquelle est confrontée l’ensemble de l’humanité, à savoir, sommes-nous seuls ?

Le concept est le suivant : si nous pouvons trouver la vie dans d’autres régions, sur différentes planètes ou lunes, ou même sur des planètes autour d’autres étoiles, c’est que la vie doit être partout dans le système solaire.

Maintenant, je vais devoir vous dire dès le départ que nous n’avons pas encore trouvé de vie ailleurs, mais nous faisons d’énormes progrès en ce qui concerne la compréhension des endroits où nous devons la chercher, des signes auxquels nous devons prêter attention, et ce que nous découvrons.

Il y a environ 15 ans, nous avons demandé à nos astrobiologistes de définir la vie. Nous voulions en effet construire des instruments à lancer à partir de vaisseaux spatiaux pour faire ces mesures susceptibles de nous donner des réponses définitives en ce qui concerne la vie.

La réponse des astrobiologistes à cette question s’est en fait avérée assez décevante. La définition de la vie est : un, elle métabolise ; deux, elle reproduit ; et trois, elle évolue. La raison pour laquelle cette réponse est décevante, c’est que nous ne sommes pas vraiment capables de construire un instrument qui mesure ces trois attributs de la vie tels que définis par nos astrobiologistes.

Nous avons donc examiné de plus près le premier aspect de cette définition, c’est-à-dire : la vie doit métaboliser. Cela signifie qu’en absorbant de l’eau et des substances, elle peut dissoudre la matière, en extraire l’énergie et l’eau permet ensuite d’extraire les déchets. Donc, l’eau était bien un élément clé de cette définition de la vie.

Donc, il y a environ dix ans, nous avons lancé un processus appelé « Suivez l’eau ». Si nous pouvons nous rendre dans des endroits de notre système solaire où l’eau existe sous forme liquide ou a existé sous forme liquide dans le passé, il est alors possible que la vie existe aujourd’hui ou ait pu évoluer et exister dans le passé.

Je suis donc ici pour vous dire ce que nous avons appris. Au cours des dix dernières années, nous avons effectué un nombre considérable de mesures et avons effectivement terminé ce qui est à mon avis notre premier examen poussé de tous les principaux objets de notre système solaire. Avec le survol de Pluton par New Horizons, nous avons observé toutes les planètes importantes, plusieurs des planètes naines et de nombreuses lunes autour de ces planètes géantes.

Ce que nous découvrons à partir de ces données, c’est que nous pouvons modéliser ce qui est arrivé à ces organismes au fil du temps. Cela s’avère extrêmement important.

Vénus, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est inhabitable. Sa surface est assez chaude pour faire fondre du plomb. Sa pression est énorme. C’est comme aller au fond de l’océan, il faut d’énormes infrastructures pour résister aux pressions écrasantes de l’atmosphère de Vénus.

Mars, d’autre part, est une planète beaucoup plus aride, presque désertique avec une atmosphère très mince.

Mais c’est ce qu’elles sont aujourd’hui. Ce que nous avons découvert par nos observations, c’est que Vénus, Mars, et la Terre dans le passé, étaient toutes des planètes bleues, étaient toutes des mondes océaniques. Elles étaient toutes plus semblables à la Terre de jadis que jamais auparavant.

Il semble maintenant que Vénus était probablement notre première planète habitable dans le système solaire avec une quantité significative d’eau à sa surface. Et au cours des 800 derniers millions d’années, elle a connu un emballement de l’effet de serre qui a conduit à la création de la planète telle que nous la connaissons aujourd’hui. La vie aurait-elle pu exister sur Vénus dans le passé ? Il semble bien qu’elle en possède tous les attributs, à la fois en termes de taille, de type de matières qui s’y trouvent, et des océans que nous nous attendions à y trouver. Mais elle a évolué très différemment.

Même chose pour Mars : les deux tiers de son hémisphère nord étaient sous l’eau. En fait, dans certains endroits, une eau profonde de plus d’un kilomètre. Mars, en effet, avait des systèmes climatiques – de la pluie, des nuages, des calottes glaciaires et d’énormes océans pendant une période de temps significative. Mais elle a fait l’objet de changements climatiques rapides au début de son histoire. Elle a été une planète bleue pendant peut-être 800 millions d’années – assez longtemps pour que la vie soit apparue sur cette planète aussi.

Nous nous apercevons maintenant que ce qui s’est passé sur Vénus pourrait arriver sur Terre, que ce qui s’est passé sur Mars pourrait arriver sur Terre, et que nous devons comprendre ces planètes elles-mêmes en plus de comprendre si elles auraient pu abriter la vie dans le passé ou si la vie pourrait y exister aujourd’hui.

Nous découvrons également qu’une autre partie surprenante de notre système solaire pourrait aussi comporter des mondes habitables, au-delà de l’orbite de Mars. Ces planètes géantes ont des lunes, et on a cru pendant longtemps que ces lunes étaient des corps glacés, gelés si vous voulez, et sans eau liquide sur lesquelles nous ne pensons pas que la vie ait existé. Mais nous découvrons maintenant que beaucoup de ces lunes sont en réalité des mondes océaniques avec une croûte glacée. Nous voyons la lune Europa, qui est une lune de Jupiter, et sur cette lune, sous sa croûte glacée, nous croyons maintenant qu’il existe un océan qui correspond probablement au double du volume d’eau que nous avons actuellement sur Terre, et pourtant cette lune de Jupiter a à peu près la taille de notre propre lune autour de la Terre.

Nous découvrons aussi, à mesure que nous pénétrons plus profondément dans le système solaire, que Saturne a un certain nombre de mondes glacés, de mondes océaniques, si vous voulez, c’est comme cela que nous les appellerions aujourd’hui, parce que nous pensons qu’une quantité importante d’eau, et des océans considérables se trouvent sous leurs croûtes de glace.

Enceladus par exemple montre cette relation avec l’eau, on y trouve des fissures d’où l’eau s’échappe et se déverse hors de la lune à tous les moments de la journée et tous les points de son orbite. Cette eau donne en fait naissance à un anneau entièrement nouveau autour de Saturne appelé l’anneau E, composé de particules de glace.

Une autre lune de Saturne tout à fait fascinante est la lune Titan. Titan a environ la taille, en fait est un peu plus grande que la planète Mercure. Elle a sa propre atmosphère principalement composée d’azote, et c’est le seul autre corps, à l’exception de la Terre dans le système solaire, à la surface duquel on trouve un liquide. Mais ce liquide n’est pas de l’eau, c’est du méthane. Et en fait, certains de ces lacs de méthane sont plus grands que notre mer Noire.

Sur Titan il y a ce que nous appellerions un cycle hydrologique, mais sans eau, il s’agit de méthane, où les océans s’évaporent, où la vapeur est transportée, et il pleut actuellement – dans l’hémisphère sud de Titan – du méthane, qui crée de nouvelles mers comme nous savons aujourd’hui.

Il est extrêmement important d’observer Titan parce que, s’il existe un endroit dans lequel rechercher une vie qui ne serait pas comme la nôtre, ce serait Titan, puisque le liquide qui serait impliqué dans le processus de métabolisme ne serait pas de l’eau, mais pourrait être du méthane liquide.

Donc, ce sont des endroits vraiment passionnants et nous avons appris énormément de leur étude. Nous avons de futures missions vers Mars. Nous réfléchissons aux moyens d’aller sur Vénus et de déterminer si elle abrite la vie aujourd’hui. Nous avons des missions, nous prévoyons d’aller sur Europe. Nous avons des missions, nous pensons retourner sur Titan et dans le système de Saturne. Et elles font toutes d’énormes progrès à mesure que nous avançons.

Maintenant, en plus de cela, les humains jouent un rôle dans l’étude du système solaire. En ce moment, nous travaillons sur l’idée de passer de l’orbite terrestre basse à ce que nous appelons l’espace cislunaire. C’est une zone autour de la lune que nous pouvons étudier et nous pouvons apprendre à vivre et travailler sur une surface planétaire, et cette première surface sera la lune. Et nous le ferons avant d’aller sur Mars.

C’est vraiment un moment passionnant pour notre programme spatial. Nous travaillons d’arrache-pied pour continuer à faire d’énormes progrès. Nous recevons un soutien formidable du peuple américain, de l’administration, et du Congrès.

Je crois que, là-dessus, je vais passer aux questions.

Modérateur : Merci beaucoup pour cette présentation. Nous allons maintenant commencer la partie questions/réponses de l’appel d’aujourd’hui.

Notre première question nous vient de Mohamed Ataya, qui appelle d’Égypte.

Question : Je suis Mohamed Atay du journal Baladna El-Youm. J’aimerais demander s’il y a une forme de vie quelconque sur Mars après la découverte de matières organiques sur la planète ?

Dr Green : Très bonne question. Merci.

Les observations les plus récentes de Curiosity sur Mars sont extrêmement enthousiasmantes. Curiosity a découvert qu’il existe des molécules de carbone complexes. À bien des égards, ces molécules pourraient avoir été créées par la vie. Elles ont peut-être été créées naturellement. Nous ne le savons pas, mais nous continuons de les étudier.

Curiosity a également mesuré le méthane qui fuit de la surface de la planète. Maintenant, c’est extrêmement passionnant parce que 95 % de tout le méthane ici sur Terre est créé par des processus biologiques, par la vie. Des microbes aux termites en passant par les vaches et les humains. Donc, bien que le méthane puisse être généré abiotiquement, en d’autres termes, sans faire intervenir de vie, il est intrigant de penser qu’il peut y avoir de la vie sous la surface de Mars.

Voici ce que nous découvrons ici sur Terre quand nous étudions la quantité de biomasse sur Terre en relation avec ce sujet : nos astrobiologistes sont allés profondément dans la Terre et sont allés dans des endroits lointains qui sont très extrêmes ici, sur Terre, en termes de température et de sécheresse, et partout où ils vont et trouvent de l’eau, ils trouvent de la vie. En fait, on estime actuellement qu’il y a plus de biomasse sous nos pieds qu’en marchant à la surface de cette Terre, ou de plantes. Cela nous dit que lorsqu’il y a des environnements extrêmes, la vie se déplace dans les roches. Par conséquent, il se peut effectivement que la vie existe sur Mars aujourd’hui, mais sous la surface.

Modérateur : Merci.

Pour notre question suivante, nous passerons à une question soumise à l’avance par Nenad Jarić Dauenhauer, le rédacteur scientifique d’Index Magazine en Croatie. Des études scientifiques du Pew Research Center montrent qu’un nombre écrasant d’Américains comprend l’importance de l’exploration spatiale. La NASA a un vaste portefeuille de missions différentes, mais quand ils en classent 9 par ordre d’importance, la plupart des Américains disent qu’ils sont plus intéressés par des missions plus proches de la Terre et disent que la surveillance du système climatique, des astéroïdes et autres objets proches de la Terre devrait être prioritaire.

L’intérêt des Américains pour l’espace lointain et les extra-terrestres est-il en déclin ? Pouvez-vous s’il vous plaît nous en parler ?

Green : Comme je l’ai mentionné très brièvement, et il s’agissait d’une étude très importante, le Pew Research fait un excellent travail pour arriver aux conclusions de ses études. Nous découvrons que l’étude des planètes et de leur habitabilité est importante pour la Terre. C’est aussi important pour l’évolution de la Terre que l’évolution de notre climat.

Comme je l’ai dit, Vénus, il y a seulement 700 millions d’années, a fait l’objet d’un effet de serre incontrôlé et est maintenant complètement inhabitable. Nous voulons donc comprendre ce qui a déclenché cela. Quels étaient les éléments sur Vénus qui ont permis que cela se produise ?

Ce qui se passe sur Mars est également pertinent. Mars n’a actuellement aucun champ magnétique et le vent solaire a détruit son atmosphère. En fait, la plupart des océans évaporés sur Mars finissent par sortir de l’atmosphère et pénétrer dans le vent solaire lorsque les gaz évaporés sont emportés, pour ne jamais revenir. Nous croyons que c’est principalement parce que Mars a perdu ses champs magnétiques et a perdu sa protection.

Lorsque nous étudions la Terre et que nous savons que le climat change, les scientifiques planétaires peuvent vous dire que le climat sur Terre n’a cessé de changer et que nous pensons que ce n’est pas une question de changement, c’est une question de rapidité du changement, et des facteurs qui y contribuent.

Quand nous regardons le champ magnétique de la Terre, nous voyons les tendances du champ à entamer un processus de retournement. Nous savons que le champ de la Terre a changé plusieurs fois dans son passé. Nous ne savons pas exactement comment ou pourquoi cela se produit. Nous connaissons le phénomène de bascule du champ, quand cela se produit, le champ magnétique de la Terre descend virtuellement à zéro car ce que nous croyons être des courants profonds dans le noyau roulent sur les pôles et commencent à se déplacer dans la direction opposée, ce qui crée le nouveau champ.

Il viendra donc un moment où le champ magnétique de la Terre se sera dissipé et ressemblera à celui de Mars, et nous serons donc sensibles au balayage du vent solaire.

Donc ce que nous apprenons sur Mars est important pour la Terre et ce que nous apprenons sur Vénus est également important pour la Terre. Cela nous permet de disposer de perspectives nouvelles et importantes et nous devons continuer. Je pense que cela correspond très bien au souhait du public de pouvoir étudier la Terre et ses changements.

Modérateur : Merci.

Pour notre question suivante, nous allons nous tourner vers Peter Morvay qui appelle du magazine Hetek en Hongrie.

Question : Bonjour, Dr Green. Ma question concerne un autre aspect passionnant de notre système solaire. Selon un récent rapport de Goldman Sachs, les entreprises privées sont impatientes de se lancer dans la nouvelle ruée vers l’or des astéroïdes. Qu’en pense la NASA ? Avez-vous l’intention d’entrer dans cette course ? Est-ce financièrement raisonnable et juridiquement possible ? Je vous remercie.

Dr Green : Je vais essayer de reformuler votre question. Aux États-Unis, différentes entreprises s’intéressent à l’espace dans une perspective commerciale et quelles sont les relations de la NASA avec celles-ci ?

Question : Oui, exactement.

Dr Green : Bon. Nous sommes absolument ravis que des entreprises aux États-Unis relèvent les défis mais aussi profitent des avantages de la sortie de cette planète et développent des capacités qui peuvent être exploitées de différentes manières, de sorte que la NASA peut en fait acheter ces services et donc dépenser de l’argent supplémentaire au lieu de nous contenter de maintenir notre propre infrastructure, et explorer d’autres domaines. Aller sur la lune et ensuite Mars.

C’est donc une période vraiment passionnante où des entités commerciales apparaissent et nous travaillons avec elles, je pense très bien. Nous avons, je vais juste vous donner un exemple, SpaceX. SpaceX est très intéressée par la poursuite de l’exploration du système solaire, la facilitation de la livraison de matériaux et éventuellement du transport d’humains vers les stations spatiales, mais aussi vers Mars. Et des discussions sont en cours avec elle, et nous avons des accords sur l’espace, et ce sont bien les relations que nous devons établir.

Donc, encore une fois, il s’agit d’une époque absolument passionnante et la NASA prévoit de tirer pleinement parti de ces entreprises.

Modérateur : Merci beaucoup.

Pour notre prochaine question, nous allons passer à une question envoyée à l’avance par Sandzhar Khamidov de VOA Russie. Comment évaluez-vous l’annonce faite lundi par le président Trump à propos de la création par le département de la Défense et le Pentagone d’une Force spatiale, en tant que 6e branche des forces armées, afin de dominer l’espace ?

Dr Green : La NASA en tant qu’agence spatiale civile a toujours travaillé avec notre département de la Défense, et ces relations se poursuivront, quelles que soient les modalités d’organisation du département de la Défense.

Donc, de ce point de vue, je pense que la NASA continuera à travailler avec lui et à fournir les informations et les services dont le département de la Défense pourrait avoir besoin.

Modérateur : Merci.

Notre question suivante nous vient de Guido Lafranchi qui appelle de Diplomat Magazine.

Question : Dr Green, merci beaucoup pour ces informations.

Ma question porterait sur le budget de la NASA. Les mesures budgétaires correspondent donc à une part du budget fédéral, du budget global des États-Unis. Elle a atteint un creux historique au cours de ces dernières années, avec seulement 0,5 % du budget fédéral, en baisse par rapport à des chiffres plus élevés dans le passé.

Alors, comment comptez-vous, si vous entendez essayer de le faire, inverser cette tendance et convaincre les politiciens et les Américains en général d’investir davantage dans la science spatiale ? Je vous remercie.

Dr Green : Je pense que vous soulignez l’évolution du budget de la NASA en vous intéressant aux investissements de la NASA, ou à l’investissement du pays dans la NASA dans les années 60, lors du grand effort pour aller sur la lune.

Bien sûr, force est de reconnaître que dans les années 60, la NASA, en tant qu’organisme naissant, n’avait pas de capacités, pas d’installations et, en fait, commençait tout juste à mettre au point les premières fusées. Des investissements importants ont été réalisés par les États-Unis pour acquérir ces technologies.

Depuis lors en effet, maintenant que nous avons une infrastructure, la NASA l’utilise. En conséquence, ses budgets en termes de part du produit national brut ont diminué par rapport aux années 60. Mais en réalité, l’administration soutient fortement les activités de la NASA et propose au Congrès un budget d’environ 20 milliards de dollars – le budget le plus élevé en plus de dix ans d’activité de la NASA. Au cours des dernières années, le Congrès a non seulement approuvé cela, mais y a même ajouté des fonds supplémentaires.

Je pense donc que du point de vue de la NASA, nous nous débrouillons très bien. Nous faisons d’énormes découvertes. Nous nous appuyons sur l’investissement initial du pays dans le programme spatial. Et je pense que notre avenir est très prometteur.

Modérateur : Merci.

Pour notre question suivante, Marlowe Hood de l’AFP.

Question : Bonjour Dr Green. Merci infiniment d’accepter de répondre à ces questions.

Vous avez noté, en référence à l’emballement du changement climatique, vous avez dit que nous réalisons maintenant que ce qui s’est passé sur Vénus et Mars pourrait arriver sur Terre, ce qui me conduit à poser la question suivante : la NASA a toujours été à la pointe de la recherche spatiale sur le changement climatique anthropique, et je me demande si vous pouvez nous dire si cela reste aussi prioritaire aujourd’hui que par le passé.

Et une question très étroite sur ce que vous avez mentionné sur les molécules de carbone complexes que Curiosity a découvertes. Est-il possible qu’il y ait une sorte de signature dans ces molécules de carbone qui vous permettrait de dire définitivement qu’elles proviennent de la vie, ou sont survenues naturellement ?

Dr Green : Permettez-moi de commencer par votre première question. En effet, le programme Earth Science de la NASA se porte très bien et nous continuerons à surveiller et faire des observations d’une importance exceptionnelle sur la Terre, le climat de la Terre, ses océans, le cycle hydrologique, et de nombreux autres aspects de la Terre qu’il est si important d’étudier pour transmettre ces informations à nos décideurs compte tenu de ce qu’ils doivent en faire.

Pour ce qui est de la deuxième partie de votre question, les molécules organiques complexes découvertes par Curiosity contribuent réellement à faciliter l’étape importante suivante de la NASA, par laquelle nous devons déterminer si la vie a effectivement créé ces éléments et pour cela nous devons les ramener dans un laboratoire ici sur Terre.

Donc, la NASA prépare actuellement une mission que nous appelons Mars 2020. Il s’agit d’un astromobile qui va prélever une série d’échantillons de roches que nous prévoyons de ramener sur Terre d’ici la fin de la prochaine décennie pour les étudier ici. Avec les laboratoires que nous avons développés et les capacités que nous avons aujourd’hui, de loin supérieures à tout ce que nous pourrions transporter sur un astromobile, le retour des échantillons est le meilleur moyen de déterminer si la vie a existé sur Mars dans le passé et si elle y existe aujourd’hui.

Modérateur : Je vous remercie. Nous repassons vers une question soumise à l’avance par Simone Valesini de Galileo Gironale di Scienza en Italie. La question est la suivante : en dehors des cibles les plus prometteuses comme Europe et Mars, y a-t-il d’autres planètes ou planétoïdes dans notre système solaire susceptibles de dissimuler des formes de vie extraterrestres ? Avez-vous des projets d’exploration de ces endroits ?

Dr Green : Excellente question. Il y a beaucoup d’endroits où nous n’avons pas été qui sont incroyablement intrigants. Vous savez, les géants Uranus et Neptune, nous n’avons vraiment pas eu d’orbiteurs dans ces régions suffisamment longtemps pour nous permettre de les étudier, mais nous pensons qu’il y a probablement des mondes océaniques là-bas.

Triton, par exemple, une énorme lune de Neptune, qui est en fait plus grande que Pluton, nous croyons qu’il s’agit d’un Objet de la Ceinture de Kuiper capturé, un peu comme Pluton, où il pourrait y avoir une croûte océanique glacée. Et nous pensons que sur Pluton aussi, maintenant.

En effet, plus nous regardons la partie extérieure de notre système solaire, plus nous découvrons que l’eau sous forme liquide peut faire partie intégrante de beaucoup de ces satellites et peut donc présenter des opportunités de vie.

Modérateur : Merci.

Pour notre question suivante, nous passons la parole à András Tóth de 444 en Hongrie.

Question : Merci.

Dr Green, comment la prochaine mission Europa Clipper de la NASA va-t-elle améliorer notre compréhension de la lune de Jupiter, Europe et comment déterminer si elle est habitable ? Je vous remercie.

Dr Green : Nous construisons actuellement Clipper. Il dispose de toute une panoplie d’instruments qui sont incroyablement sophistiqués et plus puissants que ceux de Cassini. Nous comptons vraiment utiliser son radar pouvant pénétrer la glace pour examiner l’épaisseur de cette croûte de glace lors de multiples survols que nous ferons lorsque l’engin spatial tournera autour de Jupiter et ensuite rencontrera Europe, sa lune.

Nous pensons que la croûte de glace sera très mince à certains endroits. Peut-être si mince qu’il y aura des fissures d’où sortiront aussi des geysers. En fait, des observations récentes par Hubble indiquent qu’il y a effectivement des geysers d’eau qui jaillissent de la surface et s’y déversent, et refaçonnent la surface même d’Europe, une énorme lune de la taille de notre propre lune.

De plus, à mesure que les fissures s’ouvrent, cela pousse aussi les calottes glaciaires sous d’autres calottes glaciaires. Il s’agit d’un processus analogue à celui de la tectonique des plaques ici sur Terre qui permet la circulation des matières si nécessaires à la vie pour pouvoir croître et fournir de la nourriture et d’autres éléments.

Donc, nous entendons trouver les panaches, voler à travers les panaches, chercher des endroits pour poser les atterrisseurs, et finalement tomber dans une fissure et pénétrer l’océan d’Europe.

Modérateur : Merci.

Nous passons maintenant la parole à Insaf Basirov de Rossiya Segodnya Media Group.

Question : Bonjour, monsieur Green. J’ai deux questions, mais je ne suis pas sûr que vous soyez la bonne personne à qui les adresser. Mais de toute façon, il y a donc un projet, Lunar Orbital Platform Gateway, qui doit être un domaine de coopération futur pour la Russie et les États-Unis. La question est donc la suivante : à quelle étape ce projet se trouve-t-il actuellement, et prévoyez-vous d’inviter des scientifiques russes à travailler sur ce projet ? Et dans quels domaines ? Donc, quel serait leur travail ?

Et une deuxième question : la NASA envisage-t-elle d’inviter des astronautes russes pour les premiers essais de la navette spatiale Orion après l’achèvement de ce projet ?

Dr Green : Merci pour vos questions. En effet, le Gateway (portail) est l’un des éléments essentiels du programme d’exploration humaine de la NASA qui nous permettra de vivre dans l’espace et de travailler dans l’espace sans être lié par une orbite terrestre basse.

Maintenant, cette capacité particulière dispose de moteurs sophistiqués qui permettront à de nombreuses activités que nous ferions à la surface de la lune d’être télécommandées par des astronautes dans le Gateway. Cela nous permettra de nous entraîner à ce que nous ferions sur Mars.

Le Gateway fait actuellement l’objet de nombreuses discussions au niveau international. De nombreux pays ont fait part de leur intérêt pour la participation à ce programme, à différentes parties et certains aspects de celui-ci. Aucune annonce n’a encore été faite en ce qui concerne ce qui sera fait par chaque agence, mais je pense que rapidement, au cours de l’année prochaine, on répondra à beaucoup de ces questions que vous posez.

Modérateur : Nous passons maintenant à une question envoyée à l’avance par Ioanna Iliadi d’Armyvoice in Grèce.

Question : Quel est le cadre de coopération actuel avec l’Agence spatiale européenne (ASE) sur les transpondeurs d’information spatiale par satellite ?

Dr Green : Permettez-moi de mentionner que l’ASE et la NASA coopèrent depuis de très nombreuses années dans le domaine des transmissions radio. À titre d’exemple, cette coopération permet d’utiliser des antennes de l’ASE pour suivre les satellites de la NASA, et des antennes de la NASA sur Terre suivent les satellites de l’ASE. Donc, cet arrangement réciproquement avantageux est en place depuis plusieurs décennies. C’est un moyen exceptionnel de partager les capacités et les installations. Et nous apprécions vraiment la possibilité de travailler avec l’ASE de cette manière.

En fait, ce type de coopération améliore vraiment nos deux programmes spatiaux. Ces capacités, maintenant que nous les avons développées en commun, permettent à une agence d’aider une autre agence en cas de situation d’urgence liée à un engin spatial.

Je pense que ce type de coopération internationale va certainement se poursuivre et il y a vraiment beaucoup d’exemples de coopération que nous apprécions réellement [grâce à] cette approche. Donc je pense que ça va continuer.

Modérateur : Merci. Malheureusement, nous n’avons pas le temps pour d’autres questions.

Dr Green, voulez-vous dire quelques mots en conclusion ?

Dr Green : J’apprécie vraiment l’occasion de vous parler de certaines des nouvelles choses passionnantes que nous avons découvertes. Elles ne figureront sans doute pas dans les livres de classe avant de nombreuses années, mais nous faisons tellement de progrès nouveaux et rapides, c’est vraiment une merveilleuse opportunité pour moi de parler de ce que nous faisons et de vous permettre de me poser des questions pour en parler plus en profondeur.

Modérateur : Et je tiens à vous remercier, Dr Green, de vous être joint à nous. J’ai l’impression que nous aurions pu vous garder ici toute la journée pour répondre à nos questions. Je tiens également à remercier tous nos journalistes pour leur participation et pour vos questions.


Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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