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Allocution du représentant spécial pour l’engagement en Syrie, Monsieur l’ambassadeur James Jeffrey à la presse en déplacement

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Département d’État des États-Unis
Aéroport Esenboga, Ankara, Turquie
Pour diffusion immédiate
Le 17 octobre 2018

 

MME NAUERT : Comme beaucoup d’entre vous le savent, l’Ambassadeur Jeffrey est notre nouvel envoyé pour la Syrie et il a beaucoup voyagé récemment. J’ai donc pensé que nous pourrions profiter de sa présence pour vous informer de l’évolution de la situation en Syrie et de certaines des conversations qu’il a eues. Vous pourriez peut-être commencer par nous faire part des dernières informations, avant de répondre aux questions.

MONSIEUR L’AMBASSADEUR JEFFREY : D’accord. Et il s’agit d’une réunion officielle, c’est cela ?

MME NAUERT : Oui.

MONSIEUR L’AMBASSADEUR JEFFREY : D’accord. Quoi qu’il en soit, bienvenue à tous en Turquie. Naturellement, la situation en Syrie fait partie des questions qui se trouvent au centre des discussions aujourd’hui et figurent également au premier rang des préoccupations des États-Unis et de la Turquie depuis 2011, et nous coopérons depuis très longtemps avec la Turquie dans certains domaines à certains moments, et dans une moindre mesure dans d’autres domaines. Mais je vais vous expliquer un peu où nous en sommes actuellement.

Les Turcs souscrivent à nos objectifs fondamentaux en Syrie, tels qu’ils ont été définis de manière notable par le président à l’Assemblée générale des Nations unies. Il s’agit de faire en sorte que l’Iran sorte complètement de la Syrie, car l’Iran est un accélérateur de tout le processus. Il s’agit deuxièmement, de désamorcer la situation militaire à Idleb, où les Turcs ont conclu un accord avec les Russes qui, a-t-on appris aujourd’hui, tient encore. Et relancer le processus politique axé sur les efforts déployés par l’Envoyé des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, pour constituer un comité constitutionnel dans le cadre d’une première étape sur la voie de nouvelles élections en Syrie et, nous l’espérons, d’un nouveau gouvernement syrien très différent qui ne commette pas les atrocités que ce gouvernement syrien a fait subir à sa propre population et, franchement, à toute la région. Donc, comme je l’ai dit, il existe un accord général entre nous et les Turcs à ce sujet.

Pour passer en revue les diverses régions en particulier, notamment sur Idleb, voici la position des États-Unis – vous connaissez la position que nous avons adoptée concernant toute utilisation d’armes chimiques dans le cadre de l’offensive proposée que les Syriens, appuyés par les Russes, s’apprêtaient à lancer en septembre. Nous avons adopté une position très très ferme sur l’utilisation des armes chimiques, qui était presque une nécessité pour qu’une telle opération réussisse, mais nous avons clairement indiqué qu’il y aurait de très très graves répercussions.

Simultanément, nous ne nous sommes pas concentrés uniquement sur les armes chimiques ou les réfugiés, mais le président a tweeté un résumé de ce que nous disions aux Russes et à d’autres, à savoir que toute attaque contre Idleb serait une escalade inconsciente du conflit. Et c’est très important, car ce que nous disons, c’est qu’il est temps que les combats cessent. Il y avait environ trois millions de personnes – et il y en a encore trois millions – à Idleb. Environ la moitié d’entre elles sont des personnes déplacées originaires d’autres régions de Syrie. Il y a entre 50 000 et 70 000 combattants là-bas. La plupart d’entre eux font partie de l’opposition avec laquelle nous avons travaillé et les Turcs le font encore. Il y en a entre 7 000 et 8 000 et un peu plus de 10 000 organisations terroristes nommées, principalement Hayat Tahrir Al-Cham, qui est une émanation d’Al-Nusrah, qui est une émanation d’Al-Qaida, certaines de Daech, et puis quelques autres mouvements dérivés d’Al-Qaïda.

La situation est donc très compliquée, en cas d’incursion dans le pays, cela aurait été un désastre énorme qui aurait essentiellement sonné le glas de la résistance armée au gouvernement syrien. Les Turcs ont résisté. Ils ont été soutenus par la communauté internationale, qui a pris position très fermement devant l’Assemblée générale des Nations unies pour qu’il n’y ait pas d’offensive. C’est ainsi que les Turcs et les Russes, à Sochi, à la fin du mois de septembre, sont parvenus à un accord appelant au retrait des armes lourdes d’une zone frontalière à la périphérie d’Idleb et à une prise de contrôle par les Turcs et les Russes de cette région, et au retrait des HTC, les troupes de Hayat Tahrir Al-Cham de cette zone d’élimination des conflits.

Tout indique que le retrait des armes lourdes a été effectué. Les Turcs comme les Russes en conviennent largement. On ne sait pas avec certitude si tous les HTC sont partis. C’est un problème que nous rencontrons partout avec les organisations terroristes qui, telle semaine, sont une brigade travaillant pour une organisation alliée, et la semaine suivante, sont associées à une ou plusieurs autres organisations terroristes. On a toutefois constaté un certain retrait des terroristes de cette zone.

Donc, dans l’ensemble, les Russes semblent disposés à poursuivre dans cette voie. Il s’agit d’une étape importante, car c’est ainsi que le conflit a été gelé, non seulement là, mais également partout. Nous avons des forces dans le sud et dans le nord-est qui poursuivent leurs opérations contre Daech, ou ISIS, et les Turcs ont également des positions plus au nord d’Idleb à Afrin et dans la région (inaudible) d’Al Bab. Donc, essentiellement, 40 pour cent du pays ne se trouve pas sous le contrôle du régime, et nous discutons avec les Turcs de la façon dont nous pouvons maintenant passer, comme le dit le président, à la relance du processus politique maintenant que l’on a essentiellement un cessez-le-feu de fait ou au moins temporaire dans tout le pays, et avec quelques combats mineurs, mis à part la campagne que nous menons contre Daech le long de l’Euphrate jusqu’à la frontière iraquienne. C’est le seul endroit où des combats vraiment importants ont lieu en ce moment.

Le processus politique est donc au centre de nos préoccupations. Les Turcs, ainsi que les Russes et les Iraniens, et ce que l’on appelle le groupe Astana, créé pour aménager des zones de d’élimination des conflits, dont Idleb est la dernière qui a été respectée, ont également collaboré à la création d’une liste à l’intention de l’ONU où les Turcs représentaient l’opposition et les Iraniens et les Russes représentaient le régime d’Assad.

Ces listes sont achevées et nous prévoyons que le Représentant spécial des Nations unies, Staffan de Mistura, poursuivra sur cette voie et mettra sur pied ce comité constitutionnel dans les semaines à venir. C’était une question très importante à l’Assemblée générale des Nations unies. Nous avons eu une réunion au niveau ministériel sous la présidence française à laquelle Mike Pompeo a participé pour plaider en faveur de cette campagne et faire pression à cet effet. Et nous nous réjouissons à la perspective de ces progrès. En fait, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira aujourd’hui et De Mistura présentera un rapport d’étape sur la situation. Ce serait une avancée encore plus spectaculaire, mais je tiens à souligner que nous coopérons en partie avec les Turcs et d’autres membres de la coalition régionale des forces qui travaillent, avant tout, pour vaincre Daech, et en deuxième lieu, Israël et la Jordanie – pour aboutir à une certaine stabilité en Syrie. Il nous semble que nous avons fait certains progrès.

Nous travaillons également avec les Turcs de la région de Manbij, une région arabe de l’Euphrate où nous travaillons avec l’YPG, qu’ils considèrent comme une émanation du PKK et qui les préoccupe énormément. Pour cela, nous avons établi un plan de travail sur Manbij avec les Turcs, ce qui a fait l’objet d’une négociation entre le secrétaire Pompeo et le ministre des Affaires étrangères Cavusoglu, en juin, et qui est actuellement mis en œuvre.

Certaines de nos troupes s’entraînent en Turquie avec des soldats turcs pour effectuer des patrouilles conjointes autour de Manbij. Nous entendons essentiellement mettre en place une zone sécurisée afin que les Turcs soient rassurés car cette zone est très proche des territoires turcs, que nous soyons rassurés, que la population locale soit en sécurité, et que les YPG retournent du côté est de l’Euphrate. Il s’agit donc d’une zone importante et nous discutons constamment avec les Turcs de ce que nous faisons dans le nord-est parce qu’une fois de plus, c’est une zone qui les préoccupe en raison de l’importance du YGP à cet endroit.

Je vais donc m’arrêter là et c’est avec plaisir que je répondrai à des questions.

QUESTION : Est-il possible que la situation en ce qui concerne l’YPG et le soutien des États-Unis au groupe puisse être affectée par la libération du pasteur Brunson et éventuellement l’évolution de l’affaire Khashoggi ? Voyez-vous la possibilité de parvenir à un compromis avec les Turcs dans le cadre des négociations autour de ces deux événements ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR JEFFREY : Nous nous intéressons encore une fois plus particulièrement à l’YPG en tant que partenaire dans le cadre de la lutte contre Daech, et cette lutte n’est pas terminée, notamment compte tenu du mandat du président : maintenir nos forces sur le terrain en vue d’aboutir à une défaite définitive de Daech.

Ce qui inquiète les Turcs – et encore une fois, parlez-en à ces derniers – mais ce qui les préoccupe, c’est que cette zone devienne une région indépendante ou quasi-indépendante liée au PKK, ce qui constitue une menace pour la Turquie. Et nous nous engageons tout d’abord à veiller à l’intégrité territoriale de la Syrie, un État unifié, et nous ne prenons pas part à la construction de la nation dans le nord-est. Nous voulons voir une gouvernance stable et une situation sécuritaire dans les communautés là-bas, à la fois arabes et kurdes. Mais nous n’avons pas d’agenda politique large et à long terme dans ce pays. Il s’agit d’un programme militaire.

QUESTION : Mais est-il possible de parvenir à un accord avec les Turcs selon lequel, en échange de la libération du pasteur Brunson et d’un travail d’enquête sur ce qui est arrivé à M. Khashoggi, les États-Unis pourraient envisager de réduire d’une manière ou d’une autre leur soutien au YPG ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR JEFFREY : Oui, je ne parlerai pas de l’enquête. Pour ce qui est des Turcs et du YPG dans le nord-est, nous concentrons, tout comme les Turcs, nos efforts sur l’opération Manbij, l’effort conjoint fondé sur l’accord Pompeo-Cavusoglu de juin. Et c’est là que nous déployons nos efforts et que l’armée américaine concentre ses ressources à l’heure actuelle.

QUESTION : Puis-je poser une question sur le suivi de la situation à Idleb ? Vous sembliez optimiste quant à l’accord conclu avec – par les Russes et les Turcs pour l’avenir. Pouvez-vous expliquer un peu plus le rôle des États-Unis pour faciliter ce travail, et quelles seraient selon vous les conséquences si cet accord était …

MONSIEUR L’AMBASSADEUR JEFFREY : Eh bien, tout d’abord, de nombreux facteurs ont conduit à cela. Les Turcs n’ont pas reculé après avoir été publiquement insultés par le président Poutine lors d’une conférence précédente à laquelle les Iraniens étaient présents, à Téhéran, où la question d’Idleb a été soulevée et où les Turcs, Erdogan en particulier, avaient demandé un cessez-le-feu lors de la conférence de presse. Poutine a déclaré qu’il n’y aurait pas de cessez-le-feu. Dix jours plus tard, il a signé un document avec les Turcs à Sochi – Le plan d’Idleb avec les Turcs qui disait qu’il y aurait un cessez-le-feu durable. Les Turcs ont donc pris diverses mesures militaires et diplomatiques pour indiquer qu’ils ne reculaient pas. C’était très important.

Franchement, la résistance syrienne a indiqué qu’elle se battrait, et ses troupes sont très nombreuses. C’est un terrain très difficile.

Troisièmement, la communauté internationale ne souhaitait pas voir une autre vague de réfugiés en provenance d’Idleb en Turquie et en Europe. Comme je l’ai dit, il y a trois millions de civils là-bas.

Enfin, les États-Unis ont non seulement clairement explicité notre position en cas d’utilisation d’armes chimiques, mais il y a eu le tweet du président, le plus dramatique, mais aussi avec des contacts diplomatiques, notamment avec le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov, le secrétaire comme le président ont clairement explicité par les voies diplomatiques que cela était très dangereux.

Et le danger est, pour prendre du recul – et nous aurons toujours ce danger. Je veux dire que je brosse un tableau relativement positif du cessez-le-feu et du processus politique, mais l’un des facteurs sous-jacents à cette situation est le danger que nous avons également là-bas. Regardez ce qui s’est passé au cours des six dernières semaines. Nous avions des forces syriennes proches de nos positions à Al-Tanf, dans le sud, et il y a eu, en fait, vous l’avez signalé, en septembre, un exercice de la Marine à al-Tanf qui, je crois, a permis de réduire la tension. Ensuite, il y a eu le risque d’une confrontation entre les forces militaires russes, iraniennes et syriennes et l’armée turque à Idlib. Nous nous en sommes occupés. Les États-Unis risquaient de s’engager, comme nous l’avons fait auparavant, mais de manière peut-être beaucoup plus large, dans des activités de frappes militaires avec nos alliés contre la Syrie et avec ce que cela pourrait laisser présager. Une force navale russe importante se trouvait en Méditerranée à ce moment-là.

Ensuite, il y a eu l’avion russe qui a été abattu après que l’armée syrienne a tenté d’abattre un avion israélien qui attaquait des cibles militaires iraniennes. Et enfin, juste après cela, il y a eu – vous vous rappelez, cela a été rapporté dans la presse – les Iraniens ont lancé des SCUDs à partir de Kermanshah en Iran en représailles à une attaque terroriste perpétrée en Iran le 22 septembre contre une branche de Daech très près des positions américaines et alliées combattant Daech le long de l’Euphrate.

Donc, ce sont un, deux – je compte cinq exemples de violence entre États. Et beaucoup d’entre vous couvrent le Moyen-Orient depuis de nombreuses années et vous savez qu’il y a toujours des acteurs sub-étatiques, des États non viables, des territoires non gouvernés, et le contre-terrorisme et des guerres civiles et des insurrections, et ce genre de chose, mais on ne voit normalement pas ce genre de conflit potentiel entre États.

Et donc je pense que cela inquiète tout le monde. Par exemple, après que l’avion russe a été abattu, les Israéliens étaient très inquiets de l’annonce faite par la Russie selon laquelle elle enverrait des S-300 aux Syriens. Et ce sont là des gens qui ne savent pas utiliser leurs missiles les plus primitifs, comme nous l’avons vu avec les tirs sur l’avion russe. Qui sait sur qui ils vont tirer avec les S-300 russes plus performants ?

C’est donc ce problème de violence entre États qui préoccupe beaucoup les Turcs et les Nations unies, ainsi que nombre de nos amis et alliés de la région, et nous pensons donc que c’est ce qui donnera l’élan nécessaire à une solution politique.

MME NAUERT : Pardonnez-moi. Il ne nous reste que trois ou quatre minutes.

QUESTION : Ok. Puis-je vous poser une question très rapidement – les États-Unis et Staffan de Mistura tentent depuis des années de relancer ce processus et il semble ne jamais aboutir à rien. Qu’est-ce qui est différent cette fois ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR JEFFREY : Premièrement, nous avons un cessez-le-feu relatif dans l’ensemble du pays, et c’est plus ou moins – c’est informel. Je suis même réticent à parler de cessez-le-feu, car ce n’est pas le genre de cessez-le-feu préconisé dans la résolution 2254, qui y est en grande partie consacrée. Mais cela fonctionne réellement.

Deuxièmement, il existe un risque de violence entre États, que nous n’avons jamais vu auparavant. C’est un problème. C’est une inquiétude ici, c’est une préoccupation à Ankara, c’est probablement le cas à Moscou. Nous nous en inquiétons. Nous ne savons pas à quel point les Iraniens ou les Syriens sont responsables, je n’en parlerai donc pas. Mais c’est le deuxième point.

Troisièmement, le processus des Nations unies a mûri. Nous avons les listes. Les gens ont coopéré à un degré ou à un autre avec De Mistura, et il y a beaucoup de pression essentiellement de ce que nous appelons le Petit groupe – les Européens et des gens du monde entier – pour pousser l’ONU à finalement mettre en œuvre cet accord, consigné dans la résolution 2254 qui a été adoptée fin 2015.

Je pense donc que c’est la raison pour laquelle nous sommes un peu plus optimistes, mais tout peut arriver en Syrie. Et vous l’avez couvert. Vous savez que la Syrie connaît beaucoup de hauts et de bas. Donc on verra. D’accord? D’accord.

QUESTION : Merci beaucoup Monsieur.

MME NAUERT : Merci.


Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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