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Rétablir le rôle de l’Etat-nation dans l’ordre libéral international

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Département d’État des États-Unis
Allocution du secrétaire d’État Michael R. Pompeo
German Marshall Fund
Bruxelles, Belgique
Le 4 décembre 2018

 

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE POMPEO : Merci, Ian, pour cette aimable présentation. Bonjour à tous. Merci de vous joindre à moi aujourd’hui. C’est merveilleux d’être dans cet endroit magnifique, et d’avoir l’opportunité de dire quelques mots sur le travail que vous faites, et également sur les problèmes auxquels le Fonds Marshall et notre région sont confrontés.

Avant de commencer aujourd’hui mon allocution officielle, ce serait un manquement inadmissible de ma part de ne pas rendre un hommage bien mérité au 41ème président des États-Unis, George Herbert Walker Bush. Il était – beaucoup d’entre vous le connaissent. C’était un défenseur invétéré de la liberté dans le monde entier – d’abord comme pilote de chasse pendant la Seconde Guerre mondiale, puis comme membre du Congrès. Il a été ambassadeur auprès des Nations unies, puis émissaire en Chine. Il a alors fait le même travail que moi, celui de directeur de la CIA – je l’ai fait plus longtemps que lui. Il était alors le vice-président de Ronald Reagan.

Je l’ai moi-même connu. C’était un frère, un père, un grand-père formidable et un fier Américain. En fait, l’Amérique est le seul pays qu’il a aimé plus que le Texas. (Rire.)

En fait, je pense qu’il serait ravi que je sois ici aujourd’hui dans une institution nommée en hommage à un autre amoureux de la liberté, George Marshall. Et il aurait été ravi de vous voir tous ici, une foule si nombreuse réunie au service de la cause des liens transatlantiques, plusieurs dizaines d’années après qu’ils aient été noués pour la première fois.

Les hommes qui ont reconstruit la civilisation occidentale après la Seconde Guerre mondiale, à l’instar de mon prédécesseur, le secrétaire Marshall, savaient que seul un leadership fort des États-Unis, avec nos amis et alliés, pourrait unifier les nations souveraines du monde entier.

Nous avons donc mis en place de nouvelles institutions pour reconstruire l’Europe et le Japon, stabiliser les devises et faciliter les échanges. Nous avons tous cofondé l’OTAN pour garantir notre sécurité et celle de nos alliés. Nous avons conclu des traités pour codifier les valeurs occidentales de la liberté et des droits de l’homme.

Ensemble, nous avons institué des organisations multilatérales pour promouvoir la paix et la coopération entre les États. Et nous avons travaillé d’arrache-pied, et même sans relâche, pour préserver les idéaux occidentaux car, comme le président Trump l’a dit clairement dans son discours à Varsovie, ils méritent tous d’être préservés.

Ce leadership américain nous a permis de profiter de la plus grande période de prospérité humaine de l’histoire moderne. Nous avons gagné la guerre froide. Nous avons gagné la paix. Dans une large mesure grâce aux efforts de George H. W. Bush, nous avons réunifié l’Allemagne. C’est le genre de leadership que le président Trump réaffirme avec audace.

Après la fin de la guerre froide, nous avons laissé cet ordre libéral s’effriter. Il nous a fait défaut dans certains endroits, et parfois, il vous a fait défaut ainsi qu’au reste du monde. Le multilatéralisme a trop souvent été considéré comme une fin en soi. Plus nous signons de traités, plus nous sommes censés être en sécurité. Plus nous avons de bureaucrates, plus nous ferons un bon travail.

Était-ce vraiment le cas ? La question centrale à laquelle nous sommes confrontés est la suivante : le système tel qu’il est configuré actuellement, tel qu’il existe aujourd’hui et dans l’état actuel du monde, fonctionne-t-il ? Fonctionne-t-il pour tous les peuples du monde ?

Aujourd’hui, aux Nations unies, les missions de maintien de la paix traînent pendant des décennies, sans que l’on se rapproche de la paix. Certaines nations considèrent les traités relatifs au climat de l’ONU comme un simple moyen de redistribuer la richesse. Le parti pris anti-israélien a été institutionnalisé. Les puissances régionales s’entendent pour voter en faveur du siège de pays tels que Cuba et le Venezuela au Conseil des droits de l’homme. À sa création, l’ONU se voulait une organisation vouée à l’accueil des pays épris de paix. La question que je pose est la suivante : aujourd’hui, continue-t-il à remplir fidèlement sa mission ?

Sur le continent américain, l’Organisation des États américains a-t-elle fait suffisamment d’efforts pour promouvoir ses quatre piliers : la démocratie, les droits de l’homme, la sécurité et le développement économique dans une région où se trouvent des pays tels que Cuba, le Venezuela et le Nicaragua ?

En Afrique, l’Union africaine défend-elle les intérêts mutuels de ses États membres?

Pour le monde des affaires d’où je proviens, réfléchissez à ceci : la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont été mandatés pour aider à reconstruire des territoires déchirés par la guerre et promouvoir l’investissement privé et la croissance. Aujourd’hui, ces institutions conseillent souvent aux pays qui ont mal géré leurs affaires économiques d’imposer des mesures d’austérité qui freinent la croissance et étouffent les acteurs du secteur privé.

Ici à Bruxelles, l’Union européenne et ses prédécesseurs ont permis à tout le continent de profiter d’une grande prospérité. L’Europe est le principal partenaire commercial des États-Unis et nous bénéficions massivement de votre réussite. Mais le Brexit a – à tout le moins – suscité une prise de conscience d’une urgence politique. L’UE veille-t-elle à ce que les intérêts des pays et de leurs citoyens passent avant ceux des bureaucrates ici à Bruxelles ?

Ce sont là des questions légitimes.  Ce qui m’amène à mon idée suivante : des acteurs malintentionnés ont exploité les carences de notre leadership à leur propre avantage. C’est le fruit empoisonné de la retraite américaine. Le président Trump est déterminé à inverser cette évolution.

Le développement économique de la Chine n’a pas débouché sur une adhésion aux principes de la démocratie et la stabilité régionale. Il a conduit à davantage de répression politique et de provocations régionales. Nous avons accueilli la Chine dans l’ordre libéral, mais nous n’avons jamais contrôlé son comportement.

La Chine a systématiquement exploité les failles des règles de l’Organisation mondiale du commerce, imposé des restrictions du marché, des transferts de technologie et volé des propriétés intellectuelles. Et elle sait que l’opinion mondiale est impuissante à mettre fin à ses violations des droits de l’homme orwelliennes.
L’Iran n’a pas rejoint la communauté des nations après la signature de l’accord sur le nucléaire. Il a prodigué ses nouvelles richesses aux terroristes et aux dictateurs.

Téhéran détient plusieurs otages américains et Bob Levinson y a disparu il y a 11 ans. L’Iran a manifestement ignoré les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, menti aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique au sujet de son programme nucléaire et s’est soustrait aux sanctions de l’ONU. Ne serait-ce que la semaine dernière, l’Iran a lancé un missile balistique en violation de la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Cette année, Téhéran s’est servi du Traité d’amitié américano-iranien pour porter devant la Cour internationale de Justice des plaintes sans fondement à l’encontre des États-Unis – l’essentiel de ces activités malveillantes alors que le Plan d’action global commun était en vigueur.

La Russie. La Russie n’a pas adhéré aux valeurs occidentales de liberté et de coopération internationale. Au contraire, elle a réprimé les voix de l’opposition et envahi les nations souveraines de Géorgie et d’Ukraine.
Moscou a également déployé un agent neurotoxique de calibre militaire sur un sol étranger, ici même en Europe, en violation de la Convention sur les armes chimiques à laquelle il est partie. Et comme je le préciserai plus tard aujourd’hui, la Russie a violé le Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire pendant de nombreuses années.

Et la liste ne s’arrête pas là. Nous devons prendre acte de l’ordre mondial actuel afin de déterminer la voie à suivre. C’est ce que la stratégie de sécurité nationale des États-Unis a appelé le « réalisme de principes », ce que je me plais à appeler du « bon sens ».
Chaque pays – chaque pays sans exception – doit reconnaître honnêtement ses responsabilités envers ses citoyens et se demander si l’ordre international actuel est aussi avantageux que possible pour son peuple. Si ce n’est pas le cas, nous devons nous demander comment nous pouvons y remédier.

C’est ce que fait le président Trump. Il rétablit le rôle traditionnel des États-Unis de leader essentiel dans le monde. Il voit le monde tel qu’il est et non tel que nous voulons le voir. Il sait que rien ne peut remplacer l’État-nation en tant que garant des libertés démocratiques et des intérêts nationaux. Il sait, comme George H.W. Bush le savait, que la sécurité du monde a toujours fait appel au courage des États-Unis sur la scène mondiale. Et lorsque nous – lorsque  nous ignorons tous nos responsabilités vis-à-vis des institutions que nous avons formées, d’autres en abusent.
Des détracteurs dans des pays comme l’Iran et la Chine – qui portent véritablement atteinte à l’ordre international – affirment que c’est à cause de l’administration Trump que ce système s’effondre. Ils affirment que les États-Unis agissent unilatéralement et non multilatéralement, comme si toute action multilatérale était par définition souhaitable. Même nos amis européens disent parfois que nous n’agissons pas dans l’intérêt du monde. Ceci est tout simplement faux.

Nous entendons réaffirmer notre souveraineté, réformer l’ordre international libéral et nous voulons que nos amis nous aident et exercent également leur souveraineté. Nous aspirons à faire en sorte que l’ordre international serve nos citoyens – et non pas qu’il les contrôle. L’Amérique entend bien assumer un rôle de leader, maintenant et à jamais.

Sous l’égide du président Trump, nous n’abandonnons pas le leadership international, ni nos amis du système international. Bien au contraire. J’en veux pour exemple le nombre historique de pays qui ont participé à notre campagne de pression contre la Corée du Nord. Aucun autre pays au monde n’aurait pu mobiliser des dizaines de pays, des quatre coins du monde, pour imposer des sanctions au régime de Pyongyang.

Les organismes internationaux doivent contribuer à faciliter une coopération qui favorise la sécurité et réaffirme les valeurs du monde libre, ou ils doivent être réformés ou éliminés.
Lorsque des traités sont bafoués, il faut faire face aux coupables, et ces traités doivent être corrigés ou abandonnés. On doit pouvoir se fier à la parole des nations.

Notre administration quitte donc légalement ou renégocie des traités, des accords commerciaux et d’autres accords internationaux obsolètes ou néfastes qui ne servent pas nos intérêts souverains ou ceux de nos alliés.

Nous avons annoncé notre intention de nous retirer de l’Accord de Paris sur le changement climatique, en l’absence de meilleures conditions pour les États-Unis. Le pacte actuel aurait siphonné l’argent des Américains et enrichi des pollueurs comme la Chine.

En Amérique, nous avons trouvé une meilleure solution – une meilleure solution pour le monde à  notre avis. Nous avons libéré nos sociétés du secteur de l’énergie pour qu’elles innovent et soient concurrentielles, et nos émissions de carbone ont considérablement diminué.
Nous avons changé de cap par rapport à l’accord sur l’Iran, en raison, entre autres, des activités violentes et déstabilisatrices de Téhéran, contraires à son esprit, et qui ont compromis la sécurité du peuple américain et de nos alliés. Nous incitons plutôt nos alliés à limiter les ambitions révolutionnaires de l’Iran et à mettre fin à ses campagnes terroristes mondiales. Et nous n’avons pas besoin d’une nouvelle bureaucratie pour cela. Nous devons continuer à former une coalition qui permettra d’obtenir ce résultat et protégera les peuples du Moyen-Orient, de l’Europe et du monde entier contre la menace iranienne.

L’Amérique a renégocié notre traité, l’ALENA, dans le souci de la défense des intérêts des travailleurs américains. Le président Trump a signé avec fierté l’accord de partenariat entre les États-Unis, le Mexique et le Canada lors du sommet du G20, le week-end dernier à Buenos Aires, et le soumettra vendredi au Congrès, un organe responsable devant le peuple américain.
Le nouvel accord prévoit également des dispositions en matière de renégociation, car aucun accord commercial n’est adapté de manière permanente.

Nous avons encouragé nos partenaires du G20 à réformer l’OMC et ils ont fait un premier pas important dans cette direction à Buenos Aires la semaine dernière.
Je viens de parler de la Banque mondiale et du FMI. L’administration Trump s’emploie à recentrer ces institutions autour de politiques favorisant la prospérité économique, à faire en sorte que l’on cesse d’octroyer des prêts à des pays qui peuvent déjà accéder aux marchés mondiaux des capitaux – des pays comme la Chine – et à réduire les subventions des contribuables à des banques de développement qui sont parfaitement capables de mobiliser seules des capitaux.

Nous prenons également des initiatives concrètes, dans le cadre de notre leadership, pour empêcher des tribunaux internationaux malhonnêtes, comme la Cour pénale internationale, de porter atteinte à notre souveraineté – votre souveraineté – et à toutes nos libertés. Le bureau du procureur de la CPI tente d’ouvrir une enquête sur le personnel américain en relation avec la guerre en Afghanistan. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour protéger notre peuple, ceux de nos Alliés de l’OTAN qui se battent à nos côtés en Afghanistan, contre des poursuites injustes. Parce que nous savons que si cela peut arriver à notre peuple, cela peut aussi arriver au vôtre. C’est une question qui vaut la peine qu’on se la pose : le tribunal contribue-t-il toujours à la promotion des fins auxquelles il était prévu ?

Les deux premières années de l’administration Trump ont montré que le président Trump ne porte pas préjudice à ces institutions, il ne renonce pas non plus au leadership américain. Tout au contraire. Fidèles aux plus louables traditions de notre grande démocratie, nous rassemblons les nobles nations du monde pour bâtir un nouvel ordre libéral qui prévienne les guerres et garantisse une plus grande prospérité pour tous.
Nous soutenons les institutions qui, à notre avis, peuvent être améliorées, les institutions dont les activités sont compatibles avec les intérêts américains – et les vôtres – au service de nos valeurs communes.

Par exemple, ici en Belgique en 1973, des banques de 15 pays différents ont formé SWIFT afin d’élaborer des normes communes en  matière de paiements transfrontaliers, qui fait désormais partie intégrante de notre infrastructure financière mondiale.
SWIFT a récemment déconnecté les banques iraniennes sanctionnées de sa plate-forme en raison du risque inacceptable qu’elles représentent pour un système – pour le système dans son ensemble. Il s’agit d’un excellent exemple du leadership américain en collaboration avec une institution internationale dans un souci de responsabilisation.

Un autre exemple : l’Initiative de sécurité contre la prolifération, qui rassemblait 11 nations sous l’administration Bush pour mettre fin au trafic d’armes de destruction massive. Elle a depuis connu une croissance organique avec l’adhésion de 105 pays, et a sans aucun doute rendu le monde plus sûr.
Et comment pourrais-je oublier, ici aujourd’hui, l’une des institutions internationales les plus importantes de toutes – qui continuera à prospérer grâce au leadership américain. Lors de mon tout premier voyage, quelques heures après avoir prêté serment en tant que secrétaire d’État, je me suis rendu ici pour rencontrer nos Alliés de l’OTAN. Je vais répéter ce matin ce que j’avais dit alors : il s’agit d’une institution indispensable. Le président Trump veut que chacun assume la charge qui lui revient justement afin que nous puissions dissuader nos ennemis et défendre nos peuples – les peuples de nos pays.

Les Alliés de l’OTAN doivent donc tous œuvrer à la consolidation de ce qui est déjà la plus grande alliance militaire de l’histoire.

Jamais – jamais – une alliance n’a-t-elle été aussi puissante au service de la paix, et nos liens historiques doivent perdurer.

C’est pour cela que j’ai le plaisir d’annoncer que j’accueillerai mes collègues ministres des Affaires étrangères à Washington, en avril prochain, pour une réunion au cours de laquelle nous célébrerons le 70e anniversaire de l’OTAN.

Pour conclure, je tiens à rappeler ce que George Marshall a dit à l’Assemblée générale des Nations unies aux alentours de sa création, en 1948. Il a dit, et je cite : « Les organisations internationales ne peuvent pas remplacer les efforts nationaux et personnels, ni l’imagination locale et individuelle. L’action internationale ne peut remplacer l’entraide ». Fin de citation.

La remise en question du statu quo n’est pas toujours bien accueillie, ni la dénonciation de ce que nous voyons tous mais dont nous nous refusons parfois à parler. Mais franchement, les enjeux sont trop importants pour que nous tous, présents dans cette salle aujourd’hui, ne le fassions pas. C’est la réalité que le président Trump comprend de manière si viscérale.

Tout comme la génération de George Marshall a donné vie à une nouvelle vision d’un monde sécuritaire et libre, nous vous appelons à faire preuve du même genre d’audace. Notre appel est particulièrement urgent, notamment à la lumière des menaces que présentent des pays et des acteurs puissants dont l’ambition est de remodeler l’ordre international à leur propre image contraire à nos principes de liberté.

Travaillons ensemble. Travaillons ensemble pour préserver le monde libre afin qu’il continue de servir les intérêts des peuples devant lesquels nous sommes tous responsables.

Faisons-le de manière à créer des organisations internationales dynamiques, qui respectent la souveraineté nationale, qui accomplissent leurs missions déclarées et qui créent de la valeur pour l’ordre libéral et pour le monde.

Le président Trump comprend profondément que la paix et la prospérité résultent presque certainement du leadership de l’Amérique.

Il sait que si l’Amérique et nos alliés ici en Europe n’assument pas cette place, d’autres choisiront de le faire.

L’Amérique, comme elle l’a toujours fait, continuera de collaborer avec nos alliés du monde entier afin d’instaurer l’ordre libéral et pacifique que mérite chaque citoyen du monde.

Merci de vous être joints à moi aujourd’hui. Que Dieu vous bénisse tous sans exception. Je vous remercie. (Applaudissements.)


Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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