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En direct du département d’État avec Tibor P. Nagy, secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines

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Département d’État des États-Unis
Point de presse spécial
Tibor P. Nagy, Jr., secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines
Le 21 décembre 2018

 

HÔTE : Bonjour, et bienvenue à LiveAtState, la plateforme de presse virtuelle interactive du département d’État. Je suis ravi d’accueillir des participants de toute l’Afrique et du monde entier qui se joignent à nous aujourd’hui. Je tiens tout particulièrement à saluer les groupes de participants de nos ambassades de République centrafricaine, d’Éthiopie, du Liberia, du Soudan du Sud et de la Zambie, qui se joignent à nous.

Aujourd’hui, nous nous entretiendrons avec l’ambassadeur Tibor Nagy, secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines. L’ambassadeur Nagy est un diplomate de carrière. Il a passé 32 ans au service du gouvernement, dont plus de 20 ans en mission en Afrique. Il y a exercé les fonctions d’ambassadeur des États-Unis en Éthiopie, d’ambassadeur des États-Unis en Guinée, et de chef de mission adjoint au Nigéria, au Cameroun et au Togo. L’ambassadeur Nagy se fera un plaisir de répondre à vos questions aujourd’hui sur la politique américaine en Afrique, y compris la nouvelle stratégie pour l’Afrique de l’administration Trump.

Avant de laisser la parole à l’ambassadeur Nagy pour une courte allocution d’ouverture, je souhaite préciser quelle est la procédure à suivre pour les questions. Vous pouvez commencer à soumettre et à voter pour des questions maintenant en cliquant sur l’onglet « Questions » en haut de la page de l’événement. N’hésitez pas s’il vous plait à laisser des questions en anglais, français ou portugais, et nos modérateurs traduiront si nécessaire. Si vous voyez que quelqu’un a posé une question à laquelle vous voudriez également que nous répondions, vous pouvez voter en faveur de cette question pour la faire passer à un niveau de priorité supérieur. Pour voter en faveur d’une question, il suffit de cliquer sur le bouton « J’aime » à la droite de celle-ci. Nous essaierons de répondre à autant de questions que possible, mais le temps dont nous disposons est limité. Vous pouvez donc indiquer votre intérêt pour les questions que vous aimeriez nous voir couvrir davantage en votant pour faire en sorte qu’elles soient prioritaires. Si vous souhaitez recevoir une transcription du briefing d’aujourd’hui et des liens vers des fichiers audio et vidéo de qualité professionnelle, veuillez remplir le bref questionnaire en cliquant sur l’onglet « Sondages » situé en haut de la page de l’événement. Vous pouvez également poser des questions et demander des transcriptions en écrivant un email à [email protected].

Et là-dessus, commençons. Monsieur le secrétaire adjoint Nagy, merci beaucoup de votre présence aujourd’hui et je vous passe la parole pour l’allocution d’ouverture.

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Merci beaucoup, Matthew, et bonjour l’Afrique. Bonjour tout le monde. C’est un grand plaisir d’être ici. Je ferai en sorte de rester bref pour que nous puissions entamer un dialogue.

Je viens juste de rentrer de mon deuxième voyage en Afrique, et ce que j’y ai vu, les discussions que j’ai eues, n’ont fait que me conforter dans l’idée selon laquelle la politique de cette administration pour l’Afrique est exactement la bonne au bon moment. C’est en fait ce que j’attendais depuis plusieurs dizaines d’années, parce qu’elle est focalisée, c’est un laser, ce n’est pas un fusil de chasse. Elle se concentre sur certaines priorités. Je pense que ce sont les priorités dont l’Afrique et les relations de l’Afrique avec les États-Unis ont grandement besoin en ce moment. Comme je l’ai dit dans de nombreuses interventions, si j’ai repris mes fonctions, et à ce poste, c’est dans une grande mesure pour aider les jeunes Africains, en particulier pour les aider à trouver un emploi, et je pense que cette politique y contribuera grandement. Et comme je l’ai dit, j’ai eu grand plaisir à revenir sur le continent, à dialoguer avec les dirigeants, la société civile, en particulier les jeunes. Et j’ai hâte d’aider à mettre en œuvre cette politique pour l’Afrique et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que le continent réussisse.

Donc, merci beaucoup, je suis ravi de répondre à vos questions.

HÔTE : Fantastique. Eh bien, commençons. Notre première question provient de la journaliste Juanita Williams, et c’est la suivante : Landry Signe, un analyste du Brookings Institute, a dit que la stratégie pour l’Afrique témoignait d’une meilleure compréhension de la dynamique en Afrique. Comment ces évolutions en Afrique – qu’elles soient gouvernementales, économiques ou scientifiques – ont-elles motivé le développement de cette nouvelle stratégie ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Eh bien, je pense que cette stratégie est le fruit d’une mûre réflexion. C’est la deuxième stratégie régionale que l’administration a officiellement annoncée. Je pense donc que cela montre d’une certaine façon l’importance que l’administration accorde à l’Afrique. Et encore une fois, un grand nombre de facteurs ont été pris en compte, il s’agit de la coïncidence des besoins de l’Afrique, des forces perçues des États-Unis, de la direction exacte dans laquelle nous voulons voir le monde évoluer, de ce que nous voulons voir se produire en Afrique. Encore une fois, je pense que la dimension de la jeunesse est particulièrement importante car, comme chacun le sait, la population de l’Afrique doublera d’ici 2050, ce qui signifie qu’il y aura des millions et des millions et des millions de jeunes Africains à la recherche d’un emploi. Et soit ce tsunami de jeunes, comme je l’appelle, sera un formidable atout pour le dynamisme, la stabilité et la prospérité, mais, en l’absence d’opportunités, il pourrait s’agir d’une formidable force d’instabilité et de facteurs extrêmement négatifs.

Tous ces éléments ont donc été pris en compte dans l’élaboration de la stratégie. De toute évidence, cela a été, c’est une approche pangouvernementale. Tout le monde y a participé et, comme je l’ai dit, il s’agit de la convergence phénoménale de la diplomatie, de la défense, du développement, des priorités de Mark Green, l’administrateur de l’USAID et de l’administration au sens large.

HÔTE : Notre prochaine question nous vient du Cameroun, de l’Agence Cameroun Presse. La question est la suivante : le président du Cameroun vient d’ordonner la libération de 289 personnes détenues dans le contexte de la crise anglophone. Que pensent les États-Unis de cet effort visant à résoudre le conflit dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Je pense que la libération de ces personnes est une étape positive. Je pense qu’il faut faire beaucoup, beaucoup plus. La crise n’a pas éclaté du jour au lendemain. Elle se prépare depuis longtemps. C’est une crise historique, qui remonte à plusieurs décennies. Cela remonte à l’union des deux parties du Cameroun. Elle prend ses racines dans le fait que la population anglophone du Cameroun avait depuis longtemps le sentiment d’être des citoyens de seconde zone. La crise immédiate date de 2016, lorsque de nombreux avocats et enseignants anglophones ont manifesté parce qu’ils avaient l’impression d’être « francophilisés ». Ce dont le Cameroun a besoin plus que tout c’est d’un véritable dialogue entre toutes les parties concernées pour que l’espace qui a malheureusement été occupé par certains des éléments radicaux puisse être rendu à un plus grand nombre de voix modérées. La constitution du Cameroun date de 1996 et prévoit des dispositions très positives en matière de décentralisation. Ce serait merveilleux si des parties de cette constitution pouvaient être appliquées. Et encore une fois, j’estime que ce qu’il faut, c’est un dialogue authentique. Mais la libération de ces personnes accusées de délits mineurs est un pas sur la bonne voie.

HÔTE : Une autre question sur le Cameroun et la crise anglophone, encore une fois, de l’Agence Cameroun Presse. La question est la suivante : que pensent les États-Unis de la Conférence générale anglophone convoquée par le cardinal Christian Tumi, au Cameroun ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Encore une fois, ce serait un mécanisme de promotion du dialogue. Nous encouragerions le gouvernement camerounais à promouvoir le dialogue au lieu d’y faire obstacle. Qui sait quel dialogue ou quel format réussira à faire avancer la nation ? Mais c’est un problème extrêmement grave pour le Cameroun. Je crois qu’en novembre, le nombre de décès a été le plus élevé de la crise jusqu’à présent. Octobre était le deuxième mois en termes de nombre de décès, et septembre le troisième. Les tendances sont donc extrêmement négatives et un dialogue urgent est indispensable, quelle que soit sa forme.

HÔTE : Restons au Cameroun, puisque c’est le thème qui nous occupe actuellement – (rires) – beaucoup de questions venant du Cameroun, ce qui est formidable. L’Agence Presse Cameroun pose aussi la question suivante : le Sénat a récemment pris une résolution dénonçant le gouvernement du Cameroun, et demandant la libération de Sisiku Ayuk Tabe. Pourquoi les sénateurs américains manifestent-ils tant d’intérêt pour cette crise ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Eh bien, parce que toutes les branches du gouvernement américain sont très préoccupées par cette crise. Les États-Unis s’intéressent beaucoup à ce qui se passe au Cameroun. Je veux dire que nous considérons le Cameroun comme un ami de longue date, essentiel pour la stabilité dans cette région de l’Afrique. Comme nous le savons tous, le Cameroun a un potentiel énorme. Ses ressources naturelles sont phénoménales, sa population est très éduquée, industrieuse, et a l’esprit d’entreprise. Elle pourrait facilement faire un bond en avant en termes de progrès, de prospérité et de stabilité. Les États-Unis sont donc fortement préoccupés par les événements qui s’y déroulent. Et ce qui est frustrant, c’est que cela était dans une grande mesure inutile. Comme je l’ai dit, nous connaissons tous l’histoire, nous savons tous d’où cela vient, et la population anglophone du Cameroun aimerait beaucoup être considérée comme citoyens de première classe. Et il semble qu’elle ait le sentiment – et elle a le sentiment depuis longtemps – d’être des citoyens de seconde classe. Il faut un dialogue et un dialogue véritable pour faire progresser cette situation.

HÔTE : Une question qui nous vient de notre groupe de participants en Éthiopie. Cette question est la suivante : la nouvelle stratégie est-elle axée sur un partenariat réel et un bénéfice mutuel avec l’Afrique, ou s’agit-il plutôt d’une réponse à une augmentation des activités des gouvernements chinois et russes sur le continent ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: C’est un peu les deux, car on insiste effectivement sur le partenariat, sur les opportunités, sur la prise de conscience que l’Afrique représente d’énormes opportunités en matière d’investissements directs. Comme je l’ai dit, cela représente aussi la vague de la jeunesse, car je pense que le monde doit prendre conscience de l’énorme accroissement en cours de la population des jeunes. Et comme la stratégie l’indique clairement, il existe une concurrence mondiale. Il y a une concurrence importante des puissances dans le monde et les États-Unis s’intéressent fortement à la formation de partenariats avec l’Afrique, car nous considérons que nos relations avec l’Afrique sont extrêmement précieuses et importantes pour les États-Unis, et nous pensons qu’elles sont mutuellement bénéfiques, vraiment.

HÔTE : Une autre question sur les activités chinoises spécifiquement en Afrique, encore une fois de la journaliste Juanita Williams qui demande : en septembre, le dirigeant chinois Xi Jinping a promis 60 milliards de dollars américains sous forme d’aides et prêts à l’Afrique, qui ne seront, je cite, « subordonnés à aucune condition politique ». Les États-Unis sont-ils prêts à égaler ou dépasser ce niveau d’engagement financier dans le cadre de la stratégie pour l’Afrique ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Oui. Eh bien, il ne s’agit pas d’une surenchère comme au poker où l’on met des jetons sur la table. Premièrement, j’émettrai des doutes en ce qui concerne l’affirmation de la Chine selon laquelle n’y a pas de conditions politiques, car le simple fait que la dette d’un pays atteigne des milliards et des milliards de dollars crée en soi certaines conditions politiques liées aux modalités de remboursement de cette dette, ou bien les Chinois comptent-ils saisir la compagnie d’électricité lorsque la dette ne peut être remboursée? Donc, c’est un facteur.

Pour ce qui est de l’autre facteur, je suis ravi de l’adoption de la nouvelle loi BUILD Act parce que cela met maintenant 60 milliards de dollars à la disposition de l’Overseas Private Investment Corporation, qui permettront de faire fructifier les investissements africains à compter de l’année prochaine avec la création de la Foreign Development Investment Corporation.

Donc, comme je l’ai dit dans beaucoup de mes interventions en Afrique, pendant des années, bien sûr, quand on frappait à la porte pour des investissements extérieurs et que les pays africains ouvraient la porte, et il n’y avait que la Chine à la porte, je ne peux bien sûr pas blâmer les pays africains pour avoir fait affaires avec la Chine. Mon travail consiste à faire en sorte que la prochaine fois que l’on frappera à la porte, il y ait également des investisseurs américains. Je ferai de mon mieux pour inciter les investisseurs américains à se tourner vers l’Afrique, mais en même temps, quand je vais sur le continent, quand je dialogue avec les dirigeants africains, je leur demande de leur côté d’attirer les investisseurs américains en mettant en place un environnement équitable pour tous les investisseurs, de sorte que les investisseurs américains aient le sentiment d’avoir les mêmes chances face aux nombreuses opportunités merveilleuses qui existent sur le continent.

HÔTE : Une autre question sur le thème de l’aide au continent. Celle-ci du journaliste Saeed Ibrahim : les États-Unis ont annoncé une aide de près d’un milliard de dollars à la Somalie malgré une corruption généralisée et une détérioration de la situation sécuritaire. En revanche, le Somaliland est en paix et son régime est démocratique depuis 27 ans. Pourquoi les États-Unis ne se sont-ils pas impliqués au Somaliland de manière plus significative ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Oui, la question du Somaliland revient constamment lorsque je parle ou que je participe à ces programmes. En fait, le Somaliland peut invoquer un argument juridique. Bien sûr, cela doit être traité par les instances appropriées. Et, normalement, en matière de reconnaissance des états en Afrique, les États-Unis consultent l’Union africaine, et l’intégrité de l’État somalien est un principe important pour l’Union africaine. Les États-Unis d’Amérique traitent donc avec le gouvernement de Mogadiscio. Nous faisons de notre mieux pour renforcer ce gouvernement, tant au niveau de son développement économique que de celui de la sécurité.

Pour le moment, la politique américaine consiste donc à traiter avec Mogadiscio, à travailler avec le gouvernement de Mogadiscio pour renforcer cette partie de la Corne de l’Afrique.

HÔTE : Question maintenant sur le thème de la lutte contre le terrorisme, valable pour de nombreux endroits sur le continent. La question vient, encore une fois, de l’Agence Cameroun Presse : quels arguments peuvent-ils, selon vous, être avancés pour convaincre les terroristes d’abandonner leurs armes et de revenir à de meilleurs sentiments ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Eh bien, c’est une question phénoménale. C’est une question extrêmement complexe, et nous pourrions en parler pendant des jours, mais j’essaierai de le faire au plus vite.

Comme nous le savons, le terrorisme a de nombreuses causes. Point à la ligne. Et je ne vais pas parler de celles-ci. Mais dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il existe plusieurs éléments différents, comme nous le voyons actuellement par exemple actuellement dans le Sahel. Bien sûr, il y a les terroristes radicalisés qui commettent des actes de toutes sortes pour susciter le chaos, et l’objectif immédiat est de rétablir la paix et la stabilité et de se débarrasser des terroristes. C’est l’objectif immédiat. Et nous le faisons en collaboration avec les gouvernements partenaires, dans le cadre de la coopération internationale, des missions de maintien de la paix des Nations unies, et des groupes de travail conjoints – par exemple, le G5 Sahel. Voilà pour ce qui est de faire face directement à la menace terroriste. Mais il est tout aussi important de noter que lorsque les terroristes seront partis, cet espace devra être occupé par les services gouvernementaux, car si le gouvernement n’offre pas d’écoles, de services de sécurité, de police, d’infrastructures, d’opportunités économiques, tôt ou tard, un autre groupe de terroristes se présentera pour combler le vide et, à certains égards, il sera pire que le groupe qui était en place auparavant. C’est malheureusement ce que nous avons observé en Somalie au cours des dernières dizaines d’années.

Quand j’ai quitté l’Éthiopie en 2002, il y avait un groupe terroriste très dangereux en Somalie qui s’appelait al-Ittihad. Il a été remplacé par les tribunaux islamiques et maintenant par al-Shabaab. C’est donc un excellent exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

Maintenant, je pense que toutes les parties concernées – la communauté internationale et en particulier les gouvernements hôtes, car en fin de compte, le gouvernement hôte joue un rôle crucial – comprennent ce qu’il faut faire, et nous faisons de notre mieux pour que cela se produise.

HÔTE : La prochaine question nous vient de Nick Turse de The Intercept, et associe à nouveau cette lutte contre le terrorisme avec le thème de la Chine : le conseiller à la sécurité nationale Bolton a semblé suggérer que des homologues concurrents tels que la Chine constituaient une menace égale pour les intérêts américains en Afrique, au même titre que les organisations extrémistes violentes. Cette interprétation est-elle exacte ? La Chine représente-t-elle le même niveau de menace pour les intérêts américains en Afrique que Daech ou Al-Qaida ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Ce sont deux types de menaces totalement différents. Je veux dire, Al-Qaida, les groupes du Sahel, ils tuent, ils enlèvent, ils font exploser des bombes qui tuent. La menace chinoise est beaucoup plus stratégique, à plus long terme. Elle concerne les systèmes mondiaux, les systèmes politiques mondiaux, les systèmes économiques mondiaux, les règles des transactions mondiales, l’initiative chinoise ‘nouvelle route de la soie’, quelle en est la véritable motivation ? Il s’agit donc de deux types de menaces totalement différents, mais je postulerais que c’est un problème tout aussi grave, surtout à long terme.

HÔTE : Une autre question sur des thèmes similaires posée par un journaliste de notre groupe de participants en Éthiopie : le conseiller à la sécurité nationale du président Trump a récemment déclaré, je cite : « C’est soit la Russie et la Chine, soit les États-Unis, mais pas les deux ». N’est-ce pas une violation de l’autonomie des pays africains quant au choix de leur propre style de relations avec le reste du monde ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Eh bien, la vérité est la suivante : tous les états sont souverains et les états souverains peuvent choisir de manière souveraine leurs amis, ceux avec qui ils veulent avoir des relations. C’est vrai pour les états en Afrique. C’est vrai bien sûr pour la Chine et la Russie, mais également pour les États-Unis d’Amérique. Ainsi, nous pouvons décider, compte tenu de nos propres intérêts, des priorités de notre aide au développement, de la hiérarchie de nos relations. C’est essentiellement ainsi que fonctionne le système mondial depuis que les États-nations ont émergé après la Renaissance, et je pense que dans l’avenir proche, c’est ainsi que fonctionnera le système mondial.

HÔTE : Une autre question sur les mêmes thèmes autour de la souveraineté, je suppose. Celle du journaliste Solomon Habtom : on craint que la nouvelle initiative de l’administration Trump pour l’Afrique ne compromette les valeurs américaines pour défendre ses intérêts en Afrique en soutenant les dictatures et les gouvernements totalitaires. Comment comptez-vous faire en sorte que les questions des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie ne soient pas ignorées?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Je vous remercie vraiment pour cette question, car dans le cadre de mes interventions depuis le déploiement de la stratégie, il y a un point sur lequel j’ai insisté auprès de divers publics, c’est que le simple fait que le fait que les mots « droits de l’homme », « bonne gouvernance », et d’autres qui y sont associés , « les droits des femmes » et d’autres, ne figurent pas dans la stratégie, ne signifie pas du tout que ce ne sont pas des priorités de haut niveau pour les États-Unis d’Amérique. La promotion des droits de l’homme, la promotion de la bonne gouvernance, la promotion de l’ouverture de l’espace politique, la promotion de la société civile, des organisations religieuses – c’est un élément tellement fondamental de la politique étrangère des États-Unis que je le compare au fait de respirer. La politique ne dit pas que l’on continuera à respirer de l’oxygène, mais c’est pourtant le cas.

Je tiens donc simplement – je tiens vraiment à souligner que la promotion de ces valeurs est indissociable des États-Unis d’Amérique. Elle s’inscrit dans le cadre de notre diplomatie, de notre développement et de notre engagement culturel et social avec le monde d’une manière générale. Vous pouvez donc avoir la certitude que cela fait partie intégrante de notre politique, quelle que soit l’administration et où que ce soit dans le monde.

HÔTE : Une question plus spécifique sur le thème des droits de l’homme posée par David Chewe, journaliste indépendant : la liberté de la presse connaît depuis quelque temps un déclin régulier dans de nombreux pays africains.

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Oui.

HÔTE : Oui. Donc il dit : on peut déplorer le fait que de nombreux gouvernements occidentaux, dont les États-Unis, ne semblent pas être dérangés par cette évolution. Quel rôle, le cas échéant, jouez-vous pour contribuer à inverser cette tendance ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Nous sommes extrêmement préoccupés et, comme l’a dit l’intervenant, nous constatons effectivement avec inquiétude que, dans un certain nombre de pays africains, alors que l’espace politique se resserre, la liberté des médias est la première à en pâtir. Je voudrais effectuer une distinction. Ce n’est pas parce que nous ne publions pas tous les jours une déclaration dénonçant des effets négatifs en ce qui concerne, par exemple, la liberté des médias ou d’autres libertés, que nous ne sommes pas constamment mobilisés sur cette question dans le cadre de nos discussions avec les gouvernements hôtes, la société civile, dans le cadre de l’examen de notre aide au développement, et lorsque nous discutons avec les gouvernements de ce que nous allons faire et ne pas faire avec notre aide au développement.

Alors, s’il vous plaît, croyez-moi, les gouvernements comprennent que nous accordons une grande importance à la liberté des médias. Nous sommes très préoccupés lorsque des journalistes sont arrêtés, emprisonnés et harcelés.

HÔTE : Une question de l’un de nos groupes de participants, celui-ci en République centrafricaine, en ce qui concerne la nouvelle stratégie. Et le journaliste dit ceci : l’administration Trump à d’autres égards semble préconiser un repli de l’Amérique sur elle-même. Comment pouvez-vous expliquer cela dans le contexte – Pouvez-vous expliquer la nouvelle politique sur l’Afrique dans ce contexte ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Eh bien, je ne pense pas qu’il soit juste de dire que nous sommes plus repliés sur nous-mêmes parce que nous sommes le numéro un, nous sommes une puissance mondiale. Nous sommes engagés dans le monde entier. Nous sommes l’un des rares pays au monde qui doit être partout, à tout moment. Et cette politique vis-à-vis de l’Afrique va tout à fait dans le même sens car, tout d’abord, l’économie américaine dépend beaucoup de notre implication mondiale. Nos entreprises sont des entreprises mondiales. Et maintenant, compte tenu de la forte croissance économique aux États-Unis ces dernières années, ce que les entreprises américaines m’ont dit – et je les rencontre régulièrement – c’est que nous disposons littéralement de milliards, de milliards et de milliards de dollars que nous cherchons à utiliser dans le cadre d’investissements directs étrangers. Elles cherchent de bons endroits où investir leurs fonds, et j’irais jusqu’à dire que les investissements américains ont tendance à créer de nombreux emplois, ils apportent des technologies, ils s’accompagnent de comportements écologiques non polluants.

Les États et les populations africaines bénéficient donc des apports du commerce avec les États-Unis. Mais ils ne vont investir que là où il leur semble qu’ils peuvent traiter de manière équitable, où, en cas de litige, le règlement du conflit ne sera pas automatiquement favorable au neveu du chef de l’État, mais où les deux parties auront les mêmes chances, dans la transparence, avec une corruption minimale.

C’est donc ce que nous recherchons vraiment impérativement pour notre communauté des affaires. Alors, croyez-moi, les États-Unis d’Amérique sont très, très engagés et focalisés au niveau mondial, tout comme les entreprises américaines.

HÔTE : Il ne nous reste que quelques minutes et je voudrais donc profiter de l’occasion pour rappeler à ceux qui regardent, s’il y a des questions en suspens que vous aimeriez vraiment que nous abordions dans le temps qu’il nous reste, n’oubliez pas de voter pour celles que vous aimeriez soutenir.

En attendant, je vais vous poser une autre question de l’un de groupes de participants, un journaliste de notre ambassade au Soudan du Sud. Sa question est la suivante : dans quelle mesure êtes-vous optimiste quant à l’accord de paix récent ? Et êtes-vous préoccupé par d’autres parties qui n’ont pas signé l’accord de paix – par exemple, le NAS ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Oui, c’est aussi une excellente question. Lorsque l’accord de paix a été signé, très franchement, la communauté internationale avait des doutes sur son avenir. Mais le fait est que c’est le seul accord de paix en vigueur actuellement, alors tout le monde fait de son mieux pour assurer sa réussite. Nous sommes constamment en contact avec les parties internes, avec toutes les parties intéressées de l’extérieur, car tout le monde – tout le monde – veut la paix et la prospérité au Soudan du Sud. Je me souviens que j’étais très enthousiasmé quand le Soudan du Sud est devenu la plus jeune nation de la planète, et tout le monde était fou de joie. Et puis la joie a vite laissé place à la tragédie lorsque la violence a éclaté et que certaines des personnes qui auraient dû diriger le pays ont plutôt opté pour la violence, la manipulation, la kleptocratie.

Ainsi, le monde veut vraiment que ce processus progresse et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour en favoriser la réussite, à la fois par des encouragements positifs, mais aussi, très franchement, au moyen de l’imposition de sanctions aux personnes qui bloquent l’accord tel que nous l’avons vu vendredi dernier, lorsque nous avons annoncé de nouvelles sanctions à l’encontre d’un certain nombre de personnes.

HÔTE : Une question de Marlène Panara du Point Afrique. Que pouvez-vous nous dire sur le soutien financier américain à la zone de libre-échange africaine ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Oui, je ne suis pas sûr en ce qui concerne un appui financier à la zone de libre-échange africaine, mais je reviens tout juste – j’étais dernièrement en Éthiopie, où nous avons eu un dialogue de haut niveau avec l’Union africaine pour discuter de toute une gamme de questions et des sujets d’intérêt mutuels. Et les États-Unis sont l’un des rares pays à avoir en fait un ambassadeur accrédité auprès de l’Union africaine.

En résumé, les États-Unis d’Amérique appuient fermement l’accord de libre-échange envisagé par l’Union africaine à l’échelle du continent et nous lui souhaitons une adaptation rapide. Parallèlement, les États-Unis sont aussi très intéressés par un accord de libre-échange bilatéral avec un pays africain motivé, susceptible de servir de modèle pour l’avenir. À l’heure actuelle, les États-Unis d’Amérique n’ont conclu qu’un seul accord de libre-échange avec l’Afrique. C’est avec le Maroc. Cela a très bien fonctionné, mais nous sommes impatients d’en mettre un en œuvre avec un pays de l’Afrique subsaharienne. Il y a un certain nombre de candidats potentiels et nous poursuivrons ces discussions. Mais en même temps, nous soutenons fermement l’Union africaine dans ses efforts pour aboutir à un accord de libre-échange à l’échelle du continent car, comme nous le savons tous, les véritables unités de l’Afrique, celles qui fonctionnent le mieux, sont les régions et les sous-régions, comme la CEDEAO et l’IGAD, la SADC entre autres.

HÔTE : Pour finir, une question plus générale, une bonne question pour conclure, celle de Power FM à Lusaka. Cette question est la suivante : les intérêts de qui l’Amérique entend-elle promouvoir avec cette nouvelle stratégie pour l’Afrique ?

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Les intérêts de tous. Absolument tout le monde. C’est le type de stratégie… Comme je l’ai dit, je suis impliqué en Afrique depuis plus de 40 ans. C’est le type de stratégie que j’aurais souhaité voir il y a plusieurs dizaines d’années, car je pense que nous et l’Afrique aurions pu en bénéficier beaucoup, beaucoup plus. Au cours de cette période, on a dépensé beaucoup d’argent – peut-être pas toujours de manière productive. Mais je pense que l’avenir s’annonce très prometteur. Je suis un éternel afro-optimiste. Je veux vraiment voir cette Afrique de prospérité et de stabilité, avec des jeunes Africains dans les mêmes types d’emplois de qualité que les jeunes Américains, les jeunes Européens et les jeunes Chinois. Je prie vraiment pour cela.

HÔTE : Eh bien, je pense que nous sommes au terme du temps imparti. Je voulais vous donner la possibilité de conclure avec quelques dernières réflexions.

MONSIEUR L’AMBASSADEUR NAGY: Merci beaucoup pour votre participation. J’espère participer à plus d’appels de ce type. J’ai hâte de reprendre la route bientôt. Mon prochain voyage sera en Afrique australe, et le suivant en Afrique centrale. Mon objectif, si Dieu le veut, est de pouvoir visiter tout le continent, toutes les régions, avant la fin de ma première année à ce poste de secrétaire adjoint. C’est merveilleux d’être de retour en Afrique.

HÔTE : Merci, Monsieur l’ambassadeur Nagy, de votre présence parmi nous aujourd’hui. Et malheureusement, nous sommes à la fin de ce point de presse. Merci à nos participants pour leurs questions. Et pour ceux d’entre vous qui nous ont rejoints aujourd’hui en ligne, si vous souhaitez des extraits audio ou vidéo du programme d’aujourd’hui, nous vous enverrons sous peu des liens vers des fichiers de qualité professionnelle. Nous fournirons également une transcription en anglais et des traductions dès qu’elles seront disponibles. Si vous souhaitez recevoir l’un de ces produits, n’oubliez pas de répondre au sondage situé dans l’onglet « Sondages » de la page de l’événement ou d’envoyer un courrier électronique à [email protected].

Merci encore une fois pour votre participation, et nous espérons que vous pourrez vous joindre à nous pour un autre programme LiveAtState très rapidement.


Voir le contenu d'origine: https://www.state.gov/r/pa/ime/288245.htm
Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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