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Allocution du secrétaire d’Etat Michael R. Pompeo à Koerber Stiftung Axica « Les leçons de 1989 : la liberté et notre avenir »

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Département d’État des États-Unis
Secrétaire d’Etat Michael R. Pompeo
Le 8 novembre 2019

 

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE POMPEO : Eh bien, bonjour. Merci, Thomas, pour cette aimable présentation, ces paroles bienveillantes. Merci aussi pour l’accueil chaleureux. Je l’ai ressenti partout où je suis allé. Je disais que je vais être ici en Allemagne pendant deux jours. Je ne pense pas avoir passé deux jours de suite au même endroit ces trois dernières années, cela s’est avéré une bénédiction et un grand plaisir, et vous avez tous été si gentils avec moi et avec mon équipe.

Je tiens également à remercier le ministre des Affaires étrangères M. Maas. Il a passé toute la journée avec moi hier. Il a fait preuve d’une grande hospitalité et d’une grande amitié. Nous avons voyagé dans une bonne partie de votre pays. 

Et je tiens à remercier la fondation Korber.  Vous avez tous fait preuve d’une telle hospitalité à notre égard dans ce bâtiment magnifique. J’aime la devise de votre fondateur – parler avec les gens. Fantastique. Pas parler d’eux. J’aimerais que cela soit le cas à Washington. (Rires.) Je peux aussi gérer les déferlements d’attaques sur Twitter.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, je viens du grand État du Kansas. C’est en plein milieu des États-Unis d’Amérique. Et nous avons accueilli des Allemands, des immigrants allemands, depuis les années 1800. Ils ont fondé des villes dans lesquelles je connais des gens et dans lesquelles j’ai fait campagne, des villes comme Bremen, une petite ville appelée Humboldt, Stuttgart – vous savez. (Rires.) Ce sont des Allemands comme ces gens du Kansas que je connais si bien qui ont aidé à construire l’Amérique.

Mais mon lien personnel avec votre grand pays et avec le peuple allemand date de l’automne 1986 alors que j’étais un sous-lieutenant de l’armée de terre plus jeune, plus mince et plus audacieux, dans un endroit qui s’appelle Bindlach – pas très loin d’ici, en fait. Je suis l’un des millions d’Américains qui ont vécu en Allemagne depuis la fondation de la République fédérale en 1949.

J’ai été en poste ici vers la fin de la guerre froide, mais mes camarades soldats et moi-même savons que nous ne nous doutions pas du tout qu’elle tirait à sa fin. Nous faisions des exercices d’intervention d’urgence en pleine nuit et des exercices à portée de vue d’une frontière militarisée. La prochaine patrouille serait-elle – je patrouillais alors la frontière à partir du point des trois zones en Tchécoslovaquie, en remontant de la Tchécoslovaquie par Hof et par Modlareuth. Notre prochaine patrouille serait-elle la dernière ? C’était très réel. Cela semble difficile à imaginer pour les jeunes de l’un ou l’autre de nos deux pays. Nous ne le savions pas.

Mais nous savions que nous avions un avantage décisif. Nous avions des leaders nationaux animés par une foi profonde en Dieu et en la dignité humaine, qui croyaient en des peuples libres, avec le courage de leurs convictions, qui étaient également patients et persévérants. Ils ont bâti la détermination de nos peuples. Ils ont plaidé en faveur de leurs peuples respectifs. Ils ont construit nos institutions et alliances afin que nous puissions collectivement prévaloir sur le communisme et sur le mal.

Et derrière le rideau de fer, un groupe courageux et noble de citoyens est-allemands a refusé de rester enchaîné dans un système communiste qui niait la valeur inhérente de chaque individu. En fait, ce sont les vrais héros de cette histoire. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer quelques-uns hier soir à Leipzig.

Ensemble, nous avons gagné la guerre froide : l’Allemagne, l’Allemagne et les États-Unis, ainsi que tous nos alliés et partenaires. C’est pour cela que je suis vraiment ravi et heureux d’être ici. C’est pour cela je suis si fier (alors que je parle à quelques pas seulement de l’endroit où se trouvait jadis le mur) de fêter sa chute il y a maintenant trente ans. Il faut parfois se permettre de faire un tour d’honneur. Absorbés par les exigences des affaires courantes, nous oublions la grandeur de ce que nous avons accompli pour sortir des milliards de personnes de conditions horribles, et que nous l’avons fait ensemble.

Mais à l’occasion de ces célébrations, alors que nous faisons ce tour d’honneur, nous devons également reconnaître que la liberté n’est jamais garantie. Nous en avons parlé. Cela n’est tout simplement pas le cas. Aujourd’hui, l’autoritarisme nous guette. Il ne cesse de progresser. Et si nous sommes honnêtes, il n’a jamais complètement disparu. Et je vois ici des membres du Bundestag, des chefs d’entreprise ici, en Allemagne. Cela dépend de nous tous. Il nous appartient à tous de garantir ensemble notre liberté et notre avenir, et c’est ce dont je veux parler aujourd’hui : de la façon dont les États-Unis et l’Allemagne peuvent y parvenir ensemble, doivent y parvenir ensemble, pour le bien de nos peuples et pour le bien du monde. 

Maintenant, je sais aussi que beaucoup des membres de l’auditoire aujourd’hui, quel que soit le côté du mur où ils ont grandi, n’oublieront pas les horreurs de la république démocratique d’Allemagne.

En 1961, les VoPos ont commencé par détruire la chaussée de cette ville au marteau-piqueur et ont posé les fondations de la cruauté.

Ces pierres se sont transformées en 45 kilomètres d’un mur qui serpentait à travers la capitale allemande et divisait un peuple. Le mur n’était pas là pour empêcher l’Occident de rentrer. Il servait à empêcher les Allemands de l’Est de sortir. C’est ainsi que fonctionnaient les régimes autoritaires. C’est comme cela qu’ils fonctionnent aujourd’hui. Ils contraignent les gens, contre leur gré, à ne pas avoir la capacité de subvenir à leurs besoins et à dépendre de ce régime. 

Le président Reagan pensait que le communisme était une « maladie » et il l’appelait une « folie ». Comme il avait raison. Nous ne devrions jamais oublier combien de millions de personnes ont souffert et sont mortes à cause du communisme au 20ème siècle.

En fait, la morosité de l’Allemagne de l’Est ne m’échappait pas non plus lorsque j’étais en poste ici. Je pouvais la voir, bien que de loin, et de l’autre côté de la frontière, tout près. Mais je savais – j’étais jeune, j’avais à peine la vingtaine – mais quel genre de pays avait besoin de briques, de fils de fer barbelés et de mitrailleuses juste pour empêcher sa population de s’enfuir, et avait-il besoin d’une Stasi pour empêcher les gens de parler ? Hier, j’ai eu l’occasion de revenir sur certains des lieux où je me trouvais quand j’avais un peu plus de vingt ans. J’ai vu les outils de la terreur du point de vue de l’autre côté. Je n’avais jamais traversé cet espace auparavant. J’avais vu Modlareuth, mais seulement d’un côté. Hier, j’ai pu le voir de l’autre côté.

Et pourtant, malgré tout le pouvoir du gouvernement, tout cet autoritarisme, la RDA n’a pas pu anéantir la volonté humaine. Les Allemands ont conservé leur espoir impérissable de liberté et d’un avenir meilleur, même sous ce régime autoritaire.

Un nombre incalculable d’Allemands de l’Est – dont beaucoup de Berlinois, et peut-être certains faisaient partie de la famille de personnes qui se trouvent ici aujourd’hui – se sont lancés audacieusement pour traverser la « zone mortelle » et le mur. Et un certain nombre d’entre eux, bien sûr, sont morts lors de cette tentative. Notre ambassade ici à Berlin, sur laquelle flotte fièrement le drapeau américain aujourd’hui, se trouve dans un espace qui était autrefois cette « zone mortelle ». 

Mais les Allemands de l’Est savaient qu’ils n’étaient pas seuls. Ils savaient qu’ils avaient un partenaire. 

Et ils ont été inspirés par les discours exaltants des dirigeants et les actes des présidents Truman, Kennedy et Reagan.

Ils se souvenaient du soulèvement est-allemand de 1953, du soulèvement hongrois quelques années plus tard seulement, en 1956, et du printemps de Prague en 1968.

Et ils ont vu. Ils ont vu des âmes sœurs, partout dans le monde. Ils en ont vus en Pologne, lors de la marche pour Solidarité.

Ils ont entendu les prières du pape Jean-Paul II.

Et ils ont vu le courage de la liberté dans les manifestations des étudiants de la place Tiananmen. 

Et derrière eux – derrière eux – il y avait nous tous.  C’était le vent de la détermination et de la puissance occidentale. 

Cette mission n’a pas toujours été facile. Il semble que lorsque l’on pense aux difficultés qui existent entre les partenaires alliés aujourd’hui, aux remous qui font les gros titres, on pense qu’il s’agissait d’une époque dorée. Il y avait aussi des problèmes à ce moment-là. Je pourrais en parler. 

L’OTAN a dû s’accommoder du départ de la France de son commandement militaire intégré dans les années 1960. Et les États-Unis ont essayé la détente avec les Soviétiques, sans succès, par la suite. Le chancelier Kohl a surmonté l’opposition politique – une énorme opposition politique et des manifestations, lorsqu’il a déployé des missiles nucléaires américains en Allemagne pour tenter de dissuader l’agression soviétique. Il ne faut pas oublier que Mitterand et Thatcher n’étaient pas favorables à la réunification dans un premier temps. Les différences d’opinion occasionnelles ne sont pas historiques.

Mais, comme l’a dit Reagan, deux choses ne pouvaient faire l’objet d’absolument aucune négociation : notre liberté collective et notre avenir collectif. 

Nous savions que, au fond, un système qui avait peur de ses propres citoyens ne pourrait jamais se maintenir en place. Je le crois aujourd’hui de tout cœur. (Applaudissements.) Nous ne savions tout simplement pas – merci, nous ne savions tout simplement pas quand cela se terminerait. Ni le lieutenant sur le terrain, ni le président des États-Unis, ni le chancelier d’Allemagne, ne savait à quel moment cela se produirait, mais nous savions qu’il était absolument impératif de nous battre pour cela. Et je pense qu’il y a là une vraie leçon. C’est une leçon pour ceux d’entre nous qui pensent que les régimes autoritaires sont destinés à vivre éternellement. Ce n’est pas le cas.

En 1989, la veille de l’investiture de George H.W. Bush, Erich Honecker prédisait que le mur resterait debout, je cite, « pendant cinquante et même cent ans », fin de citation. Je venais de partir. Je suis parti au début d’octobre 1989 vers ma prochaine affectation. Je ne savais pas que je partais seulement quelques semaines avant. Le courage allemand – le courage allemand l’a fait tomber 294 jours plus tard. Ma visite à l’église Saint-Nicolas la nuit dernière à Leipzig a donc été particulièrement poignante pour moi.

Le triomphe allemand a inspiré d’autres peuples à se libérer aussi du joug de l’empire soviétique et à s’approprier leur propre liberté, leur propre avenir, leur propre dignité.

Nous voici donc à l’occasion de ce 30e anniversaire, alors que nous célébrons une victoire monumentale pour l’aspiration naturelle de l’humanité à la liberté, pour cette grande ville de Berlin, pour l’Allemagne, pour le peuple allemand, mais aussi pour l’Occident – pour nous tous.

Nous avons tous eu un moment après ces quelques jours où nous nous sommes perdus dans l’euphorie de ce moment de fierté.

Nous pensions peut-être que l’effondrement du communisme à Berlin et à Moscou, et dans le reste du bloc de l’Est, annonçait une tendance inévitable dans le monde entier. Certains y ont vu la « fin de l’histoire ».

Nous pensions que des sociétés libres prospéreraient partout. Et dans certains endroits, cela a bien été le cas. Mais surtout, nous avons pensé pouvoir détourner nos ressources des alliances et des forces armées, et de ce qui avait garanti ces libertés.

Nous avions malheureusement tort.  Nous nous sommes trompés sur la condition humaine et la nature de l’évolution potentielle de nombreux pays aujourd’hui.

Aujourd’hui, la Russie – dirigée par un ancien officier du KGB en poste à Dresde – envahit ses voisins et assassine des opposants politiques. Elle rejette l’indépendance de l’Église orthodoxe en Ukraine. Au moment même où nous parlons, les autorités russes ont recours à des descentes de police et à la torture contre les Tatars de Crimée et les Ukrainiens qui s’opposent à l’agression russe. En Tchétchénie, toute personne jugée « indésirable » par les autorités disparaît tout simplement.

En Chine – en Chine, le Parti communiste chinois est en train de définir une nouvelle vision de l’autoritarisme, une vision que le monde n’a pas vue depuis très longtemps. Le Parti communiste chinois a recours à d’horribles tactiques et méthodes de répression contre son propre peuple, que l’ancien régime de l’Allemagne de l’Est ne renierait pas.  L’Armée populaire de libération fait fi de la souveraineté de ses voisins chinois et le Parti communiste chinois refuse toute liberté de déplacement aux critiques – même aux législateurs allemands – qui condamnent son bilan catastrophique en matière de droits de l’homme. Le PCC harcèle les familles des musulmans chinois du Xinjiang qui sont simplement partis se réfugier à l’étranger. Nous tous dans cette salle avons un devoir. Nous devons reconnaître que les valeurs des nations libres sont en concurrence avec celles des nations qui ne le sont pas.

La liberté – cette liberté – ne nous apparaissait pas clairement en 1989.  On peut peut-être le comprendre.

Donc aujourd’hui, trente ans plus tard, nous devons tempérer les célébrations de sobriété. Nous devons voir le monde tel qu’il est réellement. 

Et nous devons reconnaître qui nous sommes. Nos deux démocraties, les États-Unis et l’Allemagne, possèdent l’abondance de capital politique et économique et le pouvoir qui ne peuvent émerger que dans des sociétés libres. Chacun de nous a le devoir de faire tout son possible pour défendre ce qui a été si durement acquis en 1776, en 1945 et en 1989.

Et nous devons le faire ensemble. Nous devons le faire ensemble parce que ce n’est pas facile, et il est impossible de le faire seul. Ce n’est jamais facile. Ça ne l’est jamais et cela ne le sera jamais.

C’est pourquoi nous insistons pour que l’Allemagne ne devienne pas dépendante de l’énergie russe. Nous ne voulons pas que l’approvisionnement en énergie de l’Europe dépende de Vladimir Poutine.

C’est la raison pour laquelle nous demandons un effort supplémentaire à tous nos Alliés de l’OTAN, car les nations occidentales libres ont le devoir de mettre en échec les menaces qui pèsent sur notre peuple, et nous ne sommes que plus forts ensemble.

C’est la raison pour laquelle le président Trump demande à chaque pays de faire pression sur le régime révolutionnaire de Téhéran pour qu’il retourne à la table des négociations et fasse cette chose toute simple – qu’il se comporte comme un pays normal et ne mène pas de campagnes d’assassinats ici même, au cœur de l’Europe.

C’est pour cela que je passe pas mal de temps à parler des risques que présentent pour le monde le Parti communiste chinois, son acquisition de sociétés de technologie sensibles, et les prochains réseaux du monde que les sociétés chinoises entendent établir. Le chef de votre propre service de renseignements a déclaré que l’on ne peut pas faire pleinement confiance à Huawei, car elle est subordonnée au pouvoir du Parti communiste chinois.

C’est pour cela que nous devons élever la voix lorsque nous constatons des violations des droits de l’homme en Chine, en Birmanie, en Iran et ailleurs, car si vous ne montrez pas la voie à suivre, si l’Amérique ne donne pas l’exemple, qui le fera ?

Aujourd’hui, mes compatriotes américains et moi-même nous réjouissons avec le peuple allemand. Le mur n’existe plus.

Mais ne prenons pas non plus à la légère les menaces qui pèsent sur nos libertés, les défis auxquels nous sommes tous confrontés face à des régimes, des régimes qui dominent au lieu de gouverner, des régimes qui nient les droits au lieu de les protéger, des régimes pour lesquels cet anniversaire est un avertissement terrifiant au lieu d’un motif de réjouissance.

Ceux d’entre nous qui veulent promouvoir la liberté doivent affronter ceux qui veulent répandre leur vile idéologie, dominer les nations libres du monde, renverser l’état de droit et saper les institutions multilatérales si importantes pour la liberté. Ils veulent les plier à leurs propres fins politiques.

Nous devons collectivement avancer, anticiper l’avenir et faire face à cette menace en toute connaissance de cause si nous voulons la surmonter. Je sais que cela sera le cas. Il en est de notre devoir de décider des conditions dans lesquelles nos peuples vivront, et nous voulons qu’ils vivent en paix et librement.

Faisons donc preuve de détermination aujourd’hui – nous tous, les membres de gouvernements, les représentants d’entreprises –  restons solidaires et unis.

Restons des alliés solidaires. 

Restons les amis proches et solidaires que nous avons toujours été. 

Nous l’avons fait par le passé. Je n’ai absolument aucun doute que cela sera encore le cas, à maintes reprises. 

J’espère que Dieu vous bénira tous sans exception, que Dieu bénisse ce grand pays, l’Allemagne, et notre solide amitié. 

Et j’aurai grand plaisir à répondre à quelques questions aujourd’hui. Merci infiniment à tous.  (Applaudissements.)


Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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