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Point de presse téléphonique avec l’ambassadeur Philip Reeker, Bureau des Affaires européennes et eurasiatiques, et Lea Gabrielle, envoyée spéciale des États-Unis du département d’État et coordonnatrice du Global Engagement Center

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Département d’État des États-Unis
Le 6 mai 2020

EXTRAITS

 

MODÉRATEUR :  Bonjour à tous, au nom du département d’État des États-Unis. Je voudrais souhaiter la bienvenue à tous les participants de cette discussion, qui portera sur la lutte contre la désinformation en Europe et notamment sur les prochaines étapes du combat contre la désinformation en matière de COVID-19. 

Nous avons l’honneur d’accueillir aujourd’hui, pour cette conférence téléphonique, l’ambassadeur Philip T. Reeker, du Bureau des Affaires européennes et eurasiatiques, ainsi que Lea Gabrielle, envoyée spéciale des États-Unis et coordonnatrice du Global Engagement Center. Nous vous remercions, M. Reeker, Mme Gabrielle, de prendre le temps de nous parler aujourd’hui. 

Nous allons démarrer cette conférence téléphonique par une allocution d’ouverture de nos deux experts invités. Je vous rappelle que la conférence téléphonique d’aujourd’hui est on the record (tous les propos peuvent être repris). Sur ce, je donne la parole à l’ambassadeur Reeker pour son allocution d’ouverture, puis ce sera le tour de l’envoyée spéciale Gabrielle. Je vous en prie. 

AMBASSADEUR REEKER :  Merci beaucoup, Justin. Je me réjouis d’être parmi vous aujourd’hui, en compagnie de ma collègue Lea Gabrielle. Je suis particulièrement heureux de pouvoir me connecter à l’Europe, surtout cette semaine, au moins de façon virtuelle. Nous avions planifié de marquer et commémorer de nombreuses façons la Fête de la Victoire. C’était il y a 75 ans, presque jour pour jour, que nous vainquions ensemble le fascisme en Europe, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien évidemment, beaucoup de ces événements ont dû être reportés, ou organisés différemment ; mais c’est actuellement un genre d’ennemi tout différent que nous affrontons – à savoir ce virus, bien entendu. De fait, c’est bien la profondeur de notre partenariat transatlantique, ce que nous avons construit pendant ces 75 années, qui nous a aidés à trouver des solutions non seulement pour rapatrier des ressortissants des deux rives de l’Atlantique, mais aussi pour échanger des informations sur le virus et des ressources permettant de faciliter une réponse immédiate à la crise et de traiter d’autres questions complexes.

Je pense qu’il est important de savoir que malgré la pandémie, nous continuons à resserrer nos relations transatlantiques et à faire progresser nos plans de façon plus générale, comme l’adhésion à l’OTAN de la Macédoine du Nord, qui en est devenue le 30e membre. Récemment, pour la première fois depuis des années, nous avons nommé un ambassadeur en Biélorussie. Quant à l’Union européenne, elle a invité davantage de pays à entamer des négociations d’adhésion. Bref, d’un point de vue d’ensemble, l’histoire que nous avons bâtie avance à grands pas. Nous sommes très attentifs à la façon dont nous coordonnons la reprise de nos économies, dont nous redémarrons, tandis que nous surmontons cette crise du coronavirus.   

Si je mentionne l’histoire, c’est parce que l’histoire, je pense, est d’une importance vitale. Tâchant d’anticiper, nous observons des efforts visant à réécrire une partie de l’histoire et de ces discours, notamment, sans aucun doute, de la part de la Russie de Vladimir Poutine. D’une certaine façon, il s’agit d’un défi sans précédent, puisque lorsque l’on voit ce qu’il se passe avec le coronavirus, eh bien, le manque de transparence génère aussi l’espace nécessaire à la désinformation et à la réécriture de récits. C’est le sujet de notre point de presse aujourd’hui.

Je voudrais mentionner en passant que les États-Unis sont toujours le premier contributeur de la sécurité sanitaire mondiale. Pendant plus d’un demi-siècle, nous avons bâti les fondations sur lesquelles repose la plus grande partie du système de santé mondial, contribuant à l’assistance sanitaire à hauteur de plus de 140 milliards de dollars, rien que pour les vingt dernières années. Depuis le déclenchement de l’épidémie de COVID-19, le gouvernement américain a consacré plus de 775 millions de dollars à des activités d’assistance spécifiquement dédiées à la lutte contre cette pandémie, y compris en faveur de nombreux pays d’Europe qui en avaient besoin. Bien sûr, les Américains ne fournissent pas d’assistance qu’à travers leur gouvernement. Il s’agit plutôt, en quelque sorte, d’une approche américaine globale – il est important de garder cela à l’esprit au moment où nous nous entraidons et aidons des personnes du monde entier –, de la générosité notamment d’entreprises privées, de nos groupes et fondations à but non lucratif, d’organisations caritatives et religieuses.   

Au total, si je ne m’abuse, nous parlons d’une somme de près de 4 milliards, en dons et en assistance, de la part du secteur non gouvernemental, des citoyens individuels et des fondations, sans compter la contribution du gouvernement américain. Par ailleurs nous sommes à la pointe des efforts cherchant à mettre au point un vaccin pour mettre fin à la pandémie. Naturellement, il s’agit là d’un effort multinational, mondial, fondé sur le partage d’informations entre tous les pays du globe. Je pense d’ailleurs que nous avons déjà promis d’attribuer plusieurs milliards de dollars à la recherche sur le vaccin et le traitement du COVID-19.

Naturellement, nos partenaires européens apportent également leur contribution. D’un point de vue diplomatique, nous sommes engagés dans un dialogue très fort. Au département d’État, notre sous-secrétaire d’État Steve Biegun dirige un groupe de partenaires et de collègues transatlantiques qui s’emploient à analyser les problèmes lors d’une conférence téléphonique hebdomadaire, puis à travailler avec leurs équipes pour les résoudre, en partant des besoins les plus urgents, mais aussi à considérer l’aspect économique, en coordonnant la manière dont nous collaborerons afin de relancer l’économie mondiale sur des bases solides. Un des principaux thèmes de ces discussions, qui impliquent des homologues non seulement des États-Unis et du Canada, mais encore de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume-Uni – sans oublier les représentants de l’UE et de l’OTAN qui sont impliqués –, un des principaux thèmes est le défi que présente la désinformation dans ce domaine. Tous ensemble, nous sommes déterminés à continuer à lutter contre le recours à la désinformation et à échanger nos informations sur la situation du COVID-19 de façon fidèle et rapide, conformément à notre condition de transparence et de gouvernance démocratique ainsi qu’aux valeurs de nos sociétés libres.

Enfin je vais m’arrêter là et donner la parole à Lea, puis nous en viendrons à vos questions. Merci. 

MME GABRIELLE :  Un grand merci, Phil, et merci à vous tous de me donner l’opportunité de m’adresser à vous aujourd’hui. Pour ceux qui ne connaîtraient pas bien le Global Engagement Center (GEC), je voudrais vous faire comprendre en quoi consiste notre mission. La mission du GEC est de mener et de coordonner les actions du gouvernement des États-Unis pour reconnaître, comprendre, exposer et contrer la propagande et la désinformation venues de l’étranger, qu’elles soient ou non l’œuvre d’un État, et cherchant à porter atteinte aux intérêts des États-Unis, de leurs alliés et de leurs partenaires. Pour ce qui est de la crise sanitaire mondiale actuelle, du COVID, nous constatons réellement qu’elle met en lumière les graves menaces que représentent les campagnes de désinformation et de propagande lancées par des acteurs malveillants.

Comme nous le savons d’expérience, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, certaines nations se servent de la désinformation comme d’une arme. Même aux moments les plus sensibles et les plus critiques, elles n’hésitent pas à y avoir recours, comme en ce moment, alors que nous coopérons tous pour tenter de relever ce défi commun que constitue le COVID. Je resterai brève, afin que nous ayons le plus de temps possible pour les questions, mais je voudrais vous faire trois remarques au sujet de la désinformation et du COVID.

La première est que nous sommes convaincus qu’aussi bien les gouvernements que les populations doivent prendre conscience de la menace directe que la désinformation fait peser sur nos efforts collectifs pour nous donner les moyens de combattre le COVID. Les réseaux russes de désinformation ont tenté de favoriser les objectifs de déstabilisation de la politique étrangère de Moscou en semant la confusion dans nos sociétés démocratiques – or c’est vraiment la dernière chose dont nous avons besoin actuellement.

En se fondant sur ce que nous avons observé historiquement de l’écosystème russe de désinformation, il est très probable qu’ils continuent à agir ainsi en ce moment où nous voyons évoluer la situation concernant le COVID. Juste pour vous donner un exemple, si je pouvais remonter jusqu’à l’Union soviétique, ou même en nous limitant à l’utilisation de la désinformation sur les questions de santé par la jeune fédération de Russie, leurs antécédents parlent d’eux-mêmes.

Que vous vous penchiez sur des sujets comme Ébola, Zika ou encore la 5G, vous constatez que l’écosystème russe de désinformation, qu’a contribué à bâtir le Kremlin, a systématiquement exploité la peur et la confusion, ou simplement la faible compréhension de ces sujets par la plupart des gens, afin de générer et de donner de l’ampleur à des discours dangereux. Tout ceci a bien été mis en évidence par le gouvernement des États-Unis, par le travail extraordinaire de certains de nos partenaires, comme l’unité de communication stratégique du Service européen pour l’action extérieure, ainsi que par des efforts multilatéraux tels que les mécanismes de réponse rapide du G7. Cela a également été rapporté par d’autres chercheurs et par des médias de premier plan, comme les vôtres.

Depuis les premiers jours de l’épidémie de COVID, le département d’État travaille à exposer les tactiques des Russes et d’autres acteurs malveillants. Mon organisation, le GEC, assure la veille de ces actions de désinformation de la part de divers acteurs. Nous œuvrons constamment à transmettre ces informations à nos partenaires mondiaux, dont beaucoup sont en Europe, parce que nous voulons mettre en place ensemble des contre-mesures. Mais à mon avis, il nous est parfois encore difficile d’anticiper l’emploi de cette tactique, tant elle est contraire à nos propres valeurs. Voilà pourquoi je voudrais vous adresser aujourd’hui un message clair : vu leurs antécédents, nous jugeons très probable que l’écosystème russe de désinformation agira pour saper la confiance en le vaccin contre le COVID, lorsqu’il sera disponible. Nous avons déjà observé cela par le passé : pour y parvenir, ils introduiront probablement de fausses informations de leur cru et amplifieront des voix locales soutenant des théories du complot. Nous l’avons observé maintes et maintes fois.

Il s’ag d’un comportement extrêmement irresponsable, d’une véritable menace de santé publique. Le GEC continuera à exposer ces tactiques et à aider les alliés et partenaires des États-Unis à mieux y résister, aussi bien actuellement, dans le cadre de la situation liée au COVID, que dans les années à venir.  

La deuxième remarque que je voudrais faire concerne la république populaire de Chine. Par le passé, il n’y avait que très peu de documentation et de débat public portant sur l’utilisation par le Parti communiste chinois (PCC) de bots, trolls et autres tactiques « à la russe » à l’encontre des publics situés hors de Chine. Mais comme nous l’avons constaté, la crise du COVID a révélé jusqu’où le PCC était prêt à aller pour s’efforcer de contrôler les discours circulant dans le monde. Nous assistons à présent à des efforts concertés de Beijing pour diffuser des théories contradictoires sur le COVID-19, qui sont destinées à semer le doute, écarter toute responsabilité de sa part et donner l’idée qu’il est sans doute impossible de connaître la vérité. La Chine tente par ailleurs de favoriser un récit selon lequel elle s’est montrée supérieure à l’Occident pour ce qui est de réagir à une crise sanitaire mondiale.

On ne manque pas de documentation sur les efforts accomplis depuis des décennies par le PCC pour contrôler l’information en Chine. Malheureusement, le grand public n’en est pas assez conscient. Désormais, à la censure qui frappe les voix s’élevant depuis la Chine et l’étranger, viennent s’ajouter les efforts de propagande et de désinformation au sein d’un écosystème d’information mondial massif, y compris sur des plateformes qui sont bloquées en Chine. Autrement dit, le PCC s’est doté d’un mégaphone à sens unique pour s’adresser au monde.

Le grand public peut ne pas s’en rendre compte lorsqu’il voit des responsables du PCC, ou des discours émanant du PCC, sur des plateformes qui sont utilisées dans les sociétés ouvertes. Il s’agit pourtant de mégaphones émettant à sens unique depuis la Chine, il est important que le grand public en prenne conscience. Il est crucial, lors de cette crise, que les pays partageant les mêmes valeurs et les sociétés libres dénoncent l’emploi de la désinformation et de la propagande par Beijing, de son mégaphone à sens unique, afin d’empêcher que ces comportements deviennent la norme pour Beijing.

Je terminerai en faisant remarquer qu’un des résultats de l’attention accrue portée à la désinformation dans le contexte du COVID, c’est qu’il s’est produit une accélération de la coopération entre les pays démocratiques faisant face à cette menace. C’est particulièrement le cas des États-Unis et de leurs alliés européens. Comme l’ambassadeur Reeker l’a mentionné, c’est cette année le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est important de souligner qu’au cours de notre longue histoire commune, nous nous sommes souvent alliés dans les circonstances les plus éprouvantes. C’est à nouveau le cas aujourd’hui. Pour parler plus spécifiquement de la lutte contre la désinformation, notre coopération n’a jamais été aussi étroite.

Ainsi nos experts en la matière sont en contact au quotidien pour pouvoir échanger des analyses et coordonner les contre-mesures. Tous les acteurs cherchant à porter atteinte à la solidarité des sociétés démocratiques devraient réellement comprendre que nous sommes déterminés et que nous ne tolérerons pas leurs tactiques visant à nous nuire ou à saper notre réponse commune au COVID, aujourd’hui ou à l’avenir. Merci de me donner l’opportunité d’être ici et de répondre à vos questions.


Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.
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